La vraie tragédie aérienne de Forestville

 

Non! La tragédie aérienne de Sault-au-Cochon, dont il a été question dans une chronique précédente, ne se déroula pas chez-nous. Il existe néanmoins des histoires d’accidents aériens ayant Forestville comme trame de fond.

C’est tard à l’automne 1940 qu’on termine les travaux de l’aéroport de Forestville. Tellement tardivement que Le Soleil précise :
«On vient de terminer à Forestville, sur la côte nord, en face de Rimouski, la construction d’un aéroport, qui peut maintenant recevoir des avions, car il est déjà recouvert de douze pouces de neige. C’est la compagnie Anglo-Canadian Pulp and Paper Mills qui a construit cet aéroport, à un mille du village dans la section ouest, nord-ouest.
Il y a deux pistes en forme de T qui ont chacune 3,000 pieds de long par 400 de large. Le terrain a été nivelé au tracteur et il n’y a aucune montagne dans les environs. Cet aéroport deviendra l’un des plus important de la côte quand la compagnie exploitera ses limites forestières.»
(Le Soleil, 7 décembre 1940, p.22)

Quelques années plus tard, la compagnie d’aviation Pacific Airlines desservira Forestville. Assurant ainsi une liaison pour les visiteurs et les travailleurs forestiers de plus en plus nombreux.

1947, elle chute?
C’est le samedi, 18 octobre 1947, qu’un premier accident survient. Le Soleil raconte la «chute» d’un avion à Forestville dans son édition du 20 octobre. Pour ce premier accident dans notre espace aérien, les conséquences demeurent mineures. On notera qu’il s’agit d’un avion local, soit un Anson de la compagnie Charlevoix-Saguenay alors basée à Bergeronnes (en savoir plus sur cette compagnie).

Les journaux Le Soleil et le Progrès du Saguenay relatent l’écrasement.

La vraie tragédie aérienne de Forestville
Qui fouille dans les archives voit cette «nouvelle» d’un écrasement d’avion en août 1952. Un journal, en particulier, ne laissera point de place à l’imagination en nous décrivant les faits, sans égard pour les familles des victimes, soit les Vézina et Gingras : «[…] Un M. Lessard accourut sur les lieux et parvint à dégager légèrement M. Gingras littéralement emprisonné dans les débris en feu de l’appareil. Le Père Sirois, curé, accourut immédiatement pour absoudre M. Gingras et l’administrer. Il a pu balbutier que l’accident avait été causé “par une panne de contrôle”. Il avait sa connaissance quand le père-curé lui donna l’absolution. Mais bientôt les flammes envahirent l’avion et ses occupants sous les yeux horrifiés de quelques personnes accourues sur les lieux de la tragédie. Il semble que M. Vézina, le pilote, ait été tué dans la chute et broyé par l’écrasement de la carlingue. […]» (Le Progrès du Golfe, 15 août 1952)

Les journaux de la Capitale, plus respectueux, rapporteront la tragédie :

Journal Le Soleil du 14 août 1952. Source : BanQ

Avis de décès, journal Le Soleil du 16 août 1952. Source : BanQ

Nous avons droit à la description des funérailles de M. Gingras dans la plus pure tradition du journal L’Action Catholique :

L’Action Catholique du 8 septembre 1952. Source : BanQ

Quand on veut raconter l’histoire d’une région à travers ses gens, cette tragédie passe un peu sous le radar. Comme les victimes sont étrangères à nos villages, ce drame de l’air concerne l’aviation civile plus que l’histoire locale. Enfin, tant qu’un membre de la famille Gingras, neveu de la victime, ne porta pas cet accident à mon attention le mois dernier. On voit le nom de son père surligné en bleu dans la description ci-haut. Ce fait divers dramatique se mua alors en un fait historique concernant les gens de la région. Alfred Gingras, fils de Fortunat et Jeanne Fortier, venait visiter sa soeur, Noëlla, infirmière à Portneuf-sur-Mer (alors Sainte-Anne de Portneuf). Dans les faits, Noëlla Gingras était la demi-soeur d’Alfred.

***

Garde Gingras
C’est le 25 février 1941 que Noëlla Gingras arrive à Portneuf-sur-Mer, via Rimouski. À son arrivée, elle loge chez un commerçant du village, Albertus Bouchard, en attendant la construction de son dispensaire en 1943.

Prônes de la paroisse Sainte-Anne mentionnant l’arrivée et l’installation de Garde Gingras. (Source : Fabrique Sainte-Anne, Portneuf-sur-Mer)

L’assurance maladie n’existe pas, on doit donc rétribuer la «garde» si on fait appel à ses services. Selon les écrits et les témoignages des villageois, Noëlla Gingras s’intègre facilement à la petite communauté et s’implique dans différentes activités communautaires pendant plus d’une douzaine d’années.

Garde Gingras à l’extrême gauche. À droite, carte de Noël envoyée à sa famille, on y reconnait le dispensaire. (Source : J. Michel Doyon)

Il en sera ainsi jusqu’en 1952, justement l’année de l’accident de son frère Alfred. Doit-on y voir un lien? On la sait souvent hospitalisée – selon les écrits du curé Bouchard. On apprend la fermeture du dispensaire en septembre. En octobre, après des démarches du curé auprès du député, le dispensaire rouvre avec une nouvelle infirmière, Jeanne D’Arc Quinn, fille du boucher, Omer, et de Mathilde Gauthier de Bergeronnes. L’été 1954 sonnera le départ définitif de Garde Gingras. Selon les prônes, Garde Magella Bastille arrivera, le 15 juillet, pour desservir les Portneuvois.

Nous pouvons donc faire un petit lien entre l’écrasement de l’avion d’août 1952 et les gens de nos villages. Disparue de la région depuis plus de 65 ans, le souvenir de Garde Gingras n’en demeure pas moins encore vif. Tant chez les enfants qu’elle contribua à mettre au monde que chez nos aîné(e)s.

La petite histoire dans la grande
La bévue de l’animateur de notre radio – confondant Sault-au-Cochon et Sault aux Cochons – me donna l’occasion de relater ce drame de l’air survenu dans notre MRC. Comme j’aime parler de la petite histoire dans la grande; je vous dévoile maintenant l’identité de mon informateur. Il s’agit de l’honorable J. Michel Doyon, 29e Lieutenant-gouverneur du Québec. Sympathique neveu d’Alfred et Noëlla Gingras avec qui j’ai eu l’honneur d’échanger pendant le congé des fêtes.

 

 

 



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2 commentaires sur “La vraie tragédie aérienne de Forestville

  1. Raymond jourdain

    Il y a un autre accident aérien qui c’est produit le 24 décembre 1947. Un avion de la Canadian pacific airlines
    Parti de la Côte-Nord pour Mont joli. L’avion a atterri sur les glace du fleuve. Mon grand-père Edgar Jourdain a secouru un des passagers de l’avion. J’ai le rapport du sauvetage de EJ.

    Répondre

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