Aux prônes de nos paroisses (2e partie)

 

Hier, tu ne jugeras point… avec tes yeux de ce matin

Lors d’une chronique précédente nous découvrîmes la richesse des prônes. Nous avons encore bien des trésors à découvrir dans ces écrits. Comme une multitude de petites fenêtres ouvertes sur hier.
Dans cette deuxième chronique, nous regarderons justement cet hier que l’on ne doit pas juger avec les yeux d’aujourd’hui. La toute-puissance du curé en chaire, déclamant sa loi, résonnera possiblement chez les aîné(e)s mais bourdonnera dans les oreilles des plus jeunes.

***

Recommandations cléricales

(3 mars 1878) : «Nommer ceux qui ont payé leur dîmes pour 1877.»
Efficace comme méthode? Possiblement car dès le prône suivant :
(10 mars 1878) : «Alexandre Rouleau aussi a payé sa dîme.»
Le prêtre aurait très bien pu faire l’inverse en nommant les mauvais payeurs.

***

(9 juin 1878) : «Permission de mettre le feu aux abattis le dimanche; reproches à ceux qui manquant la messe pour cette raison.»

***

(6 octobre 1878) : «Il convient maintenant de mettre en oubli tout ce qui s’est dit et fait en temps d’élection et qui serait de nature à mettre la division entre les paroissiens.»

***

(24 décembre 1879) : «Tous les chefs de familles sont priés d’apporter un voyage [de bois] pour l’Église et la sacristie.»
Vous vous souvenez? On nous a enseigné la différence entre église et Église? «L’«église», avec une minuscule, désigne un bâtiment, un lieu de culte. L’«Église», avec une majuscule, désigne une communauté chrétienne, une institution.» Le curé des Escoumins et les lettres majuscules, ce n’est qu’un début!

***

(1er février 1880) : «C’est le temps des réunions, des veillées et des dances; triste rôle des organisateurs de ces veillées, qui sont en cela des agents de Satan.»
Avouons que c’n’est pas rien comme affirmation.

***

(28 mars 1880) : «Infamie de certains jeunes gens qui se sont permis d’envoyer des valentins indécents à des jeunes personnes.»

***

(20 février 1881) : «Gm recom [Grande messe recommandée] par un sauvage mardi à 7½h.»
Les missionnaires Jésuites ou Oblats respectaient les Premières Nations en ajoutant un S majuscule au terme sauvage. Cette inscription par le curé Parent est un peu malaisante.

***

(13 mars 1881) : «Je ne prendrai plus de pitons pour les messes basse parce que je suis obligé de les faire dire ailleurs.»
Certaines compagnies payaient les employés en «piton», une monnaie échangeable seulement à leur magasin.
Oui, allez-y, ça vous pouvez juger!
😉
Donc, le curé ne pouvait accepter cette «monnaie de singe» échangeable seulement dans son village, alors qu’il devait payer un curé dans une autre paroisse.

Exemple de «pitons», ici de la compagnie Price au Saguenay. Source : Bar à Pitons.

(12 juin 1881) : «Se garder d’irriter un pauvre idiot (F.X. Moreau) pour ne pas le faire blasphémer
François-Xavier Moreau (1849-1890) est le troisième enfant né de l’union de Joseph et Suzanne Tremblay.

***

(24 juillet 1881) : «Remarques de sa Grandeur à propos de dances, et sur la manière dont les femmes doivent s’habiller pour assister aux offices.»
Habituellement le «sa» de «sa Grandeur» héritait d’un S majuscule. L’abbé Parent avait définitivement un problème avec les majuscules. On remarquera qu’on «dance» in english aussi.

***

(3 juin 1883) : «Se garder d’acheter des objets de piété de ces vendeurs qui passent et qui les font payer bien chers sous prétextes des indulgences qui y sont attachées.»
Comprendre? Gardez votre argent pour votre curé?

***

(9 septembre 1883) : «Ceux qui apportent des enfants ondoyés à la maison devront être capables d’informer le curé de la manière que ce baptême a été administré, pour qu’il puisse juger sûrement de sa valeur.»
Que de détails dans cette petite recommandation. La première? «Apporter» un enfant? On amène! La valeur d’un ondoiement avant la valeur de l’enfant! Oups!

***

(6 juillet 1884) : «Des livres ont été vendus dans cette paroisse par des colporteurs protestants qu’on veuille bien me les apporter et je vous dirai quels sont ceux dont vous devrez vous défaire.»

***

(27 mai 1888) : «Avis aux personnes du sexe [?] sur l’inconvenance de venir à l’église les dimanches en corsage de robes.»
Bon! À qui l’avis? Aux personnes du sexe quoi? Faible? Demandons à Google ce qu’est un «corsage de robes» car à part les robes à corsage…

***

(21 avril 1889) : «Aux prières le sauvage Germain décédé jeudi.»
Encore sans S majuscule… et toujours l’abbé parent! 😉

***

Accueillir l’évêque sans cheval ni fusil?
(10 juillet 1881) : «Monseigneur arrivera ici mardi vers 3h. Que tout soit prêt, chemins balisés, pavillons à chaque maison, s’il est possible, arcs de triomphe. – Les offices commenceront aussitôt après l’arrivée. – Quand l’évêque arrivera, se mettre sur deux rangs depuis l’école jusqu’à l’église. – C’est aux marguillers à préparer les voitures pour conduire l’évêque et les prêtres à la paroisse voisine. – On pourra aller au-devant de l’évêque en voiture, mais non à cheval; ne pas se servir du fusil.»
Notons qu’on parle ici de voiture dans le sens de charrette, tel que l’on voit sur la photo ci-dessous.

Peut-être la visite de Mgr Labrecque, le 12 juin 1908. Source : Famille Pelletier.

L’amour venu de la mer?
(22 janvier 1882) : «Il y a promesse de mariage entre Giovanni Arzitami navigateur, grec d’origine né à Ortaki dans la Turquie d’Europe d’une part et Arthémise Therrien, fille majeure de feu Issac Therrien cultivateur et de Lucie Morin des Escoumins d’autre part. (1 ban)»

***

(21 mai 1882) : «Il y a promesse de mariage entre François Daniel, journalier domicilié aux Escoumins, fils mineur de feu J. B. Daniel, médecin et de Rose Rousse de la ville de Cannes en France d’une part et Marie Desbiens, fille majeure de feu Pierre Desbiens cultivateur et de Adrianne Duperré au des Escoumins d’autre part. (2 bans)»

***

(20 août 1882) : «Promesse de mariage : Ernest Bouissède, fils majeur de Hubert B. menuisier du Havre en France et Démerise Gaudin.»
Il était fils d’Hubert et Apolline Leguet et elle, fille d’Édouard Godin et Adélaïde Tremblay. m.29/08/1882.

***

(15 octobre 1882) : «Promesse de mariage entre Constant Grosset, navigateur domicilié aux Escoumins, fils maj. de feu Jean-Marie G. et de Rose Makère de Bourg-Neuf en Pertuis en France et Virginie Dionne, fille mineur de Félix D.»
Virginie était la fille de Félix et Malvina Pinel. Mariage célébré le 25/10/1882.

***

Sans oublier Georges Pallas, originaire de Lyra près d’Athènes. À la lumière de ces inscriptions aux prônes, la lettre du curé Parent à son évêque prend une autre dimension : «Voici encore un de ces matelots, débarqués ici au mois d’août 1882, qui veut se marier […]»

Lettre du curé Parent à son évêque concernant le Grec, Georges Pallas de religion grec orthodoxe.

N’est-ce pas beaucoup d’étrangers en une seule année pour une petite paroisse? On pourrait croire à un naufrage, à l’automne 1881, d’un navire en partance pour l’Europe? Pourtant, il n’y a point de catastrophe du genre de recensée. Tous des cas de matelots déçus par les conditions de vie à bord? Une recherche s’imposera afin de trouver le fin mot de l’histoire!

***
***

 



Soyez avisé par courrier
à chaque parution d'une nouvelle chronique.
Abonnez-vous à notre courriel d'information.


Un "tip" pour l'auteure!?

Il vous suffit de déplacer le curseur afin de choisir le montant du tip!
Paypal est trop complexe?
Vous pouvez faire un virement  INTERAC à l'adresse suivante :
admin@finmot.net
mot de passe : histoire
Vers la droite, ça coûte plus cher!
C'est généreux!
C'est cher pour un texte, non?
Vous êtes certain?
Ben coudon!
Thank you very much !

Pssst!
La langue française, si belle et si précieuse, demeure néanmoins ardue à écrire. Si vous voyez des fautes, s.v.p., ne vous gênez pas de commenter afin de les souligner. Merci!

1 commentaire sur “Aux prônes de nos paroisses (2e partie)

  1. Jean Moreau

    Ne pouvant dédommager Sa Grandeur pour les manquements graves de cet idiot de F.X. (Sa Grandeur eut probablement accepté une généreuse obole en réparation pour les blasphèmes de l’idiot), j’attendrai le feu vert à votre campagne de financement, reliée à votre nouvel hébergeur. Bonne journée, madame, et MERCI.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *