Aux prônes de nos paroisses (1ere partie)

Spécial décès et alcool

Les prônes d’une paroisse en dévoilent la petite histoire. Mais, de quoi je parle? En approchant votre souris ou en appuyant sur le mot «prônes» vous en aurez la définition officielle. Les historiens et autres chercheurs en histoire ou généalogie vous diront qu’en feuilletant ces petits cahiers, c’est tout un pan de la vie de nos ancêtres qui défile devant nos yeux. Chaque curé avait sa manière d’écrire, soignée ou non, et surtout une façon de noter ses prônes. Si l’un est agréable à lire, l’autre, moins soigneux, est pénible à suivre et ses écrits, moins accessibles ou détaillés. N’oublions pas l’essentiel, dans certaines circonstances, le prêtre ne devait pas se contenter d’ânonner son texte, certains s’enflammaient, surtout quand il était question de bonnes moeurs.

Le plus ancien livre de prônes de notre région? Celui débutant en 1874, aux Escoumins. On remarquera qu’il provenait d’une librairie de Québec, J.A. Langlais Libraire, rue St-Joseph.

Les prônes escouminois
Les prônes de la paroisse St-Marcellin des Escoumins sont d’une richesse inestimable pour l’ensemble du secteur. Ce fût la première paroisse, en 1846, à ouvrir des registres entre Tadoussac et Portneuf aux premier temps de la colonisation. Avec l’aide des Oblats, les curés des Escoumins desservaient tout le territoire de notre actuel MRC.  Les premiers prônes conservés ne débutent qu’en 1874, ils contiennent plusieurs informations et pour certains généalogistes, ça sera de fabuleuses découvertes.

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Aux prières

Pas de corps, pas de funérailles. Pas de funérailles, pas d’entrée aux registres. Et on oublie de transmettre l’information à l’autre génération…

(27 juin 1875) : «Aux prières, Louis Vaillancourt (âgé de 13 ans) noyé mercredi dernier.»
La mer n’aura pas rendu le corps du fils de Bruno et Marie Pineault.

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(10 août 1879) : «Aux prières Joseph Tremblay et Télesphore Saingelais noyés dans le cours de la semaine dernière.» Aucune sépulture aux registres, il est impossible d’identifier le dénommé Joseph Tremblay. Télesphore, quant à lui, était le fils de Télesphore et Béatrice Tremblay.

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(2 novembre 1879) : «Nous recommandons à vos prières […] aussi Chryseuil Desbiens de Mille-Vaches noyé la semaine dernière.» Ancêtre d’une immense famille, plusieurs chercheurs auront enfin une réponse sur le destin de Chryseuil Desbiens, époux d’Anathalie Bouchard. Déjà que son prénom nous occasionnait des problèmes, son décès, introuvable, n’aidait pas à clore cette fiche généalogique.

«La semaine dernière»? Enfin! C’est encore mieux que chercher, en vain, l’inscription d’un décès. ©Paroisse St-Marcellin pour le document. La source de la photo a été perdue.

(4 novembre 1883) : «Mardi, service pour feu Adolphe Truchon (noyé avec son fils en revenant de Tadoussac en canot d’écorce, dans le cours de l’été).» Son fils, aussi prénommé Adolphe, est inhumé le 6 juillet et on le dit décédé le 3 juillet. Possiblement que la mer mettra plus de temps à rejeter le corps du père. Cependant, l’acte d’inhumation semble avoir été oublié aux registres de la paroisse des Escoumins, ce qui laisse un doute sur la découverte du corps. Adolphe, et son épouse Adèle Caron, n’ont aucun descendant dans la région.

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(11 janvier 1880) : «Nous recommandons à vos prières Joseph Simard et François Boulliane de Bon-Désir, emportés sur le fleuve dans une tourmente hier, pendant qu’ils faisaient la chasse et que l’on croit péris.  (Par une protection toute particulière de Dieu, ils ont pu aborder la côte sud, après avoir été dix-huit heure sur le fleuve, au milieu des plus grands dangers)

Extrait des prônes du 11 janvier 1880, sous la plume du curé Charles-Léon Parent. On remarquera le contenu de la parenthèse ajouté quelques jours plus tard. Encore une fois, trouver l’identité d’un Joseph nous occasionnera un problème. ©Paroisse St-Marcellin

Les chasseurs de loup-marins d’un autre siècle pratiquaient un métier extrême. Les familles concernées connaissent l’histoire de François Boulianne (1852-1897), époux de Brigitte Desbiens de Bergeronnes. Par contre, peu d’entre eux savent que François s’était mis en péril une première fois. François, et son fils Pierre, périront de cette manière vers mars 1897; enfin selon les témoignages car les corps ne furent point retrouvés – donc aucune sépulture aux registres. Contrairement à d’autres histoires, cette vérité se transmit de génération en génération. C’est surtout qu’un autre événement provoqua la mémoire de ce drame.

Les deux frères Boulianne disparus en mer, on ne retrouvera pas les corps. Source : BanQ.

Vingt-trois ans après la disparition en mer de François, ses deux fils, Alphonse et Hyppolite, connaîtront le même destin dans exactement les mêmes circonstances.

Il ne s’agit pas de sépultures mais de services solennels. On remarque la mention des témoins du drame, vu l’absence de corps. On relèvera très peu d’inscription de ce genre à nos registres.

Cette famille aura donc payé un lourd tribut à la mer. Trois veuves et presque trente orphelins si on additionne les deux tragédies.

(1er février 1880) : «Grande messe demain à 7h½ recommandée par les chasseurs.»
Avec ce que nous venons de lire, on peut facilement comprendre.

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Maudite boisson

On sait que la tempérance n’était pas le fort de nos ancêtres. Ils étaient plus du genre à avoir de la tolérance pour le «fort»! Prendre un p’tit coup c’est agréable! Cependant ce n’était pas du tout l’avis de monsieur le curé. Ce dernier ne se gênait pas, du haut de sa chaire, pour tempêter contre l’alcool et même nommer ceux qui contrevenait à la loi, enfin, sa loi.

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(2 janvier 1876) : «Dans la visite de la paroisse nous n’accepterons aucune liqueur par politesse.»
Qu’on se le tienne pour dit! Vous ne le ferez pas flancher!

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(1er mai 1881) : «Jeudi dernier a expiré la licence accordée pour vendre de la boisson. – Féliciter les conseillers qui ont décidé de ne plus accorder de licence.»

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(23 avril 1882) : «Féliciter le Conseil d’avoir refusé d’accorder des licences pour la vente de boissons.»
N’oublions pas la loi laissait les comtés ou municipalités le choix de permettre ou d’interdire la vente au détail de l’alcool sur leur territoire. Pour en savoir plus, lire la chronique Le diable des ivrognes.

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(4 mars 1883) : «Démontrer le danger d’accorder des licences pour la vente des boissons dans cette paroisse.»

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(15 avril 1883) : «Malheur aux vendeurs de boisson.»
C’était vraiment un thème récurrent que cette vente de boisson.

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(1er juillet 1883) : «Parler d’un certain vendeur de boisson sans licence.»
Dire qu’aujourd’hui au parle surtout des consommateurs de boisson sans licence…

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(10 octobre 1886) : «Remarques au sujet d’un nouveau vendeur de boisson (Nap. Gauthier).»

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(15 avril 1888) : «Recommandations au Conseil de prendre les moyens d’empêcher la vente des boissons par les vaisseaux étrangers qui viennent ici.»

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(1er juillet 1888) : «Remarques contre un fabriquant de boisson (Joseph Brassard) arrivé ici dernièrement.»
Ce Joseph (1851-1922), époux en deuxième noces d’Éléonore Gagnon, est à l’origine de petites familles du secteur mais par ses filles. Ça devait être agréable de se faire nommer ainsi, en pleine chaire.

Les prônes de la paroisse Saint-Marcellin, 11 livres reliés de formats différents. Ils couvrent la période de 1874 à 1967. Le tome 2 a été perdu.

(15 juillet 1888) : «Lecture d’une rétractation de la part d’un paroissien (Polémon Gauthier) pour des injures à l’adresse du curé, injures prononcées publiquement par cet individu sous l’influence de la boisson.»
Y’a pas à dire! Maudite boisson! Ledit Polémon peuplera grandement notre région avec ses 22 enfants issus de ses deux épouses. Une belle grande famille de chez-nous!

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(30 septembre 1888) : «Recommander aux prières certains ivrognes incorrigibles.» Aucun nom? La liste est probablement trop longue!

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(31 août 1890) : «Avis aux navigateurs de ne pas se charger de commissions pour apporter de la boisson.»

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(9 mars 1902) : «À Messieurs les Conseillers? Si vous accordez une licence d’auberge dans la municipalité, c’est sur vous que retombera le poids des crimes qui se commettront avec l’abus de boissons qui sera fait. Dieu vous en demandera un compte sévère. Il n’y a pour vous qu’une seule chose à faire. C’est de ne point accorder de licence
Il n’y avait qu’une seule chose à faire. C’est de ne point se présenter aux élections!

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Dans une prochaine chronique nous aborderons d’autres thèmes chers aux curés de l’époque. D’une paroisse à l’autre les thèmes se ressemblent.

 

 



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3 commentaires sur “Aux prônes de nos paroisses (1ere partie)

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