Au lieu-dit «Petite Romaine»

Une maison, une histoire

La maison dite «La Jamboise» demeure un fabuleux souvenir dans l’esprit des gens. Même si ses murs auront abrité de multiples drames; de ses fenêtres, elle observa pendant près de 130 ans l’évolution d’un peuplement. Ses particularités dont son âge et d’être «seule au milieu de nulle part» contribuèrent à sa légende. Mais on ignore beaucoup de choses à son sujet… Comme ses origines norvégiennes? Si! Si!

Quelques vérités
Malgré ce qu’on put en dire les historiens régionaux, notre Jamboise ne fût jamais la plus vieille maison de notre MRC. Cet honneur revient, hors de tout doute, à la maison des Bourgeois aux Escoumins, soit l’actuel Manoir Bellevue, construite en 1845, en même temps que s’ouvraient les premiers chantiers.
Précisons aussi que le lieu-dit «Petite Romaine» s’inscrit au cadastre du canton Iberville et non sur celui des Escoumins. L’histoire de ce lieu appartient donc, aujourd’hui, à la municipalité de Longue-Rive.

Le pont de la rivière Romaine, on aperçoit, à droite, un coin de la Jamboise peinte en blanc. ©L. Martin – 1944, BAnQ Québec E6,S7,SS1,P24068

La Jamboise?
Comment le surnom d’une famille a-t-il pu devenir le nom d’une maison? Surprenant car selon les documents, les Tremblay-Jamboise ne sont pas à l’origine de sa construction. Par contre, ils auront tenu feu et lieu pendant près de 70 ans. À chaque partage de sa photo, les esprits s’emballent et les fausses informations aussi. Tentons donc de faire la lumière sur cette maison qui marqua plusieurs générations.

Petite Romaine
D’abord, la maison trônait au bord de la rivière Petite Romaine, tout comme les autres rivières Romaine – plus à l’Est – notre rivière Romaine n’a rien à voir avec Rome mais plutôt avec un mot autochtone, «Ouroman», signifiant «ocre» pour une description plus détaillée voir la fiche sur la Commission de toponymie du Québec. La rivière Ouroman longe une mine d’ocre rouge. Dès 1731, le Père Laure l’identifie sur sa carte dédiée à Monseigneur Le Dauphin.

Carte du Domaine du Roy, en Canada, dédiée à Monseigneur Le Dauphin par le Père Laure, Jésuite Missionnaire de ces endroits, 1731. Source : Gallica.

La peinture tirée de l’ocre était utilisée par les Amérindiens pour se peindre le corps. Naturellement, une fois le territoire ouvert à la colonisation, on tentera l’exploitation industrielle de cette ressource, mais c’est une autre histoire…

En bas des Eskoumins
C’est en juin 1858 qu’on mentionne pour la première fois – possiblement – des habitants à la Petite Romaine.  On précise, aux registres de Chicoutimi (St-François-Xavier), que «[…]Jean-Baptiste Couillard dit Dupuis, fils majeur de Alexis Couillard dit Dupuis et de Marie Archange Houle demeurant le long de la mer à l’endroit appelé Les Petites Romaines en bas des Eskoumins […]» alors qu’il prend pour épouse une dénommée Adèle Pépin dit Lachance. On retrouvera d’ailleurs le jeune couple avec les parents Dupuis au recensement de 1861. Portons une attention particulière à cette archive indiquant que deux familles habitent une maison à une seule étage et que la dite maison est présentement en construction.

Reconstitution du recensement de 1861, pour voir l’original, cliquez ici.

Est-ce notre célèbre maison Jamboise qu’on érigeait lors du recensement de 1861? On peut croire que oui. Selon la légende et les témoignages des habitants de la maison, ses infrastructures particulières provenaient d’un navire échoué à proximité. Or, dans les archives des journaux on relate le naufrage du brick norvégien, Harald Haarfager à l’automne 1860 ou 1861 (ce n’est pas très clair) aux Petits Escoumins, soit à proximité de la Jamboise. La vente aux enchères ne fait guère mention de beaucoup d’éléments du navire, comme si on l’avait dépouillé. Ce qui pourrait confirmer cette affirmation faite par les habitants de la Jamboise.

The Morning Chronicle, 1er janvier 1862, p.3, ©BanQ.

Ils y vécurent heureux?
Les premiers habitants de la maison, le couple Houle/Dupuis arrivait de Montmagny où ils avaient porté quinze enfants au baptême (oui! 15!). De ces quinze enfants, seuls deux ou trois seront portés à maturité. Outre Jean-Baptiste, leur fille Philomène migrera avec eux à la Petite Romaine. Archange Houle décèdera le 12 décembre 1864, suivi, cinq ans plus tard, par Alexis, décédé en octobre 1869. Il est fort probable que leur fils et sa petite famille disparaîtront rapidement de la région car on les retrouve, cinq ans plus tard, à Kamouraska.

Entre temps, on mentionne une autre famille aux Petites Romaines, Les Poirier, Pierre et Hélène Banville, installés avec leur nombreuse famille, soit une douzaine de rejetons, ainsi que leur gendre Charles Gagnon. Si nous connaissons l’existence de cette famille ce n’est pas seulement par le recensement de 1861 (à partir du folio 24, juste au-dessus des Dupuis)  mais aussi par les écrits du curé Roger Boily. Dans son rapport de mission à son évêque, il relate la naissance d’une enfant illégitime, en remontant les registres, on parvient très facilement à la relier la famille concernée.

Extrait d’une lettre du curé Boily à son évêque. Il y relate la naissance d’une enfant illégitime et le décès de sa mère, Caroline Poirier. Source : Évêché de Chicoutimi.

Ces détails nous permettent de retrouver les événements aux registres de la paroisse des Escoumins.

Après le décès d’Hélène Banville, à l’hiver 1869, la famille Poirier disparaitra aussi du lieu. Une nouvelle histoire débute avec l’arrivée d’Aurélie Boily et Jean-Baptiste Tremblay à Jean à Ambroise… soit les Tremblay-Jamboise. Nous ne retrouvons pas de contrat de vente entre les Dupuis et les Tremblay. Le bureau d’enregistrement du Saguenay, soit l’ancêtre des Registres Fonciers d’aujourd’hui, ne viendra au monde que trente ans plus tard.

Les Tremblay-Jamboise
Ils s’installent à la Petite Romaine entre 1870 et 1872, en provenance de St-Hilarion. Lui est un « Marsouin » de l’Isle-aux-Coudres et elle, originaire de Ste-Agnès dans Charlevoix. Ils arrivent avec sept enfants et en porteront quatre autres au baptême dans les années suivantes. Une grande famille de la Haute-Côte-Nord puisqu’on dénombre une cinquantaine de petits-enfants pour le couple.

Reconstitution de la première génération des Tremblay-Jamboise en Haute-Côte-Nord. En caractères gras, les membres de la famille qui feront souche dans la région.

Le 29e jour de juillet 1899, les parents Jamboise «se donnent» à leur fils aîné, Thaddée. Jean-Baptiste a alors 67 ans et son épouse 60 ans. Les clauses de donation, selon l’acte rédigé par le notaire Polydore Langlois (Registres foncier du Québec, numéro d’inscription 603 RA), sont fidèles à la coutume de l’époque.
Soit…

  1. De payer les taxe et cotisations municipales et scolaires […]
  2. D’élever un cheval pour son frère Joseph et lui livrer à l’âge de 3 ans ou lui en payer la valeur.
  3. De remettre et céder à son frère Adolphe lors qu’il le requerra (1) le dit lot numéro seize et la moitié Nord est du dit lot numéro dix-sept. (2) Un terrain pour y construire sa maison et ses bâtiments, de la contenance d’environ (2) deux arpents et demi de profondeur sur environ quatre arpents de front, à prendre dans le lot numéro vingt (20) et borné au sud au fleuve St-Laurent […]
  4. De garder avec lui le Donateur et son épouse Dame Orélie Boily pendant en constant leur vivant les nourrir et entretenir et loger convenablement et leur procurer tous les secours manuels et spirituels dont ils auront besoin, leur procurer un cheval attelé sur voiture propre à leur demande et arrivant leur décès, les faire inhumer en terre Sainte et leur faire chanter à chacun le jour de leur inhumation un service convenable et un autre au bout de l’an de leur décès et leur faire dire à chacun trente messes basses pour le repos de leurs âmese dans l’an de leur décès.

La maison « Jamboise », aujourd’hui disparue et son environnement en 1977. Surnommée ainsi car elle appartenait à Jean-Baptiste à Jean à Ambroise Tremblay (J’amboise). Source : BanQ, Point du jour aviation limitée, Jean-Marie Cossette, P690,S1,D77-219,P0177.

Nous en sommes donc à la deuxième génération de Tremblay-Jamboise à habiter la célèbre maison connue sous ce même sobriquet…

À suivre!

Pssst!
Question d’aider les plus jeunes à situer le lieu. La maison Jamboise s’érigeait sur le lot 21 du rang II du canton Iberville. Soit presque à la limite de Sault-au-Mouton et Les Escoumins. De nos jours, la route 138 contourne le lieu.

©Google map

À suivre!

 

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La langue française, si belle et si précieuse, demeure néanmoins ardue à écrire. Si vous voyez des fautes, s.v.p., ne vous gênez pas de commenter afin de les souligner. Merci!

3 commentaires sur “Au lieu-dit «Petite Romaine»

  1. Karine Martel

    Pour moi, qui n’ai pas habité dans le coin avant 1983, cette maison bien visible à la droite du chemin en arrivant de Québec, c’était le signe qu’on était pas bien loin. Qu’on était presque arrivé à la maison, à Saint-Paul-du-Nord. C’est plus tard que je me suis intéressée à son histoire et à celle de la rivière toute proche, très liée à l’exploitation de l’ocre. Merci pour les recherches et le partage.

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  2. Denise Perron

    Je vous ai fait parvenir un don de 20$ en remerciement pour votre excellent travail de recherche. Je partage vos articles su ma page Facebook et comme rédactrice du Bulletin La Tremblaie de L’Association des Tremblay d’Amérique, je publie vos articles concernant les Tremblay qui sont d’un grand intérêt pour nos membres qui découvrent ainsi une belle région. Merci et bonne continuation dans vos recherches…
    Denise Tremblay Perron, membre à vie de L’Association des Tremblay d’Amérique, de Baie-Saint-Paul.

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