Illégitimes en Charlevoix (5) :
La fratrie Murray-Gagné

Nous avons compris, dans l’article précédent, l’illégitimité d’Agathe Gagné. Continuons sur cette lancée afin de trouver de possibles demi-frères à Agathe.

Note aux lecteurs : Les textes de ce dossier, résultats de longues recherches généalogiques, peuvent rebuter le lecteur moins familier avec le genre. Débuter par l’introduction afin de comprendre le contexte historique, aidera à une meilleure compréhension des histoires.


Pierre Murray

Pierre ne fera pas souche en Haute-Côte-Nord,
son histoire servira à la compréhension de l’ensemble.

En voici un dont les liens avec les employés de Nairne sont évidents. Le parrain, Pierre Dufour est l’époux de Christine Hewett, fille d’un employé du seigneur de Murray Bay. Quant à la marraine, Charlotte Corneau, elle épousera, Alexandre McNicoll, fils de Duncan, un autre employé de Nairne, deux ans plus tard. Selon Mario Lalancette, ça serait John Nairne qui aurait inspiré à Pierre le patronyme Murray :
«Avant les années 1830, aucun autre enfant illégitime n’a reçu le nom de Murray à sa naissance ou peu après sa naissance, comme Pierre Murray. Il semble cependant que le choix proposé par John Nairne et retenu par Pierre Murray soit bien la source d’inspiration première de l’usage de ce patronyme écossais pour désigner d’autres enfants illégitimes natifs du lieu-dit Murray Bay ».

Effectivement, lors des baptêmes, ils ne reçoivent qu’un prénom.

L’énigme concernant la filiation de Pierre Murray a été résolue par Lalancette qui a mis à jour, dans les papiers de John Nairne, juge de paix de La Malbaie, une obligation, datée du 10 décembre 1798, dont voici le résumé :

Concerning Peter Murray born at Murray Bay 28Th novr 1798
(Traduction : ) […] François Imbeau dit Lagrange habitant de la paroisse de St-(Stephen=Etienne) ou Malbaye […] et Pascal Imbeau dit Lagrange, laboureur, de la dite paroisse, s’engagent fermement envers Nicolas Lafrance, Jean-Marie Malteste et Joseph Claveau, marguilliers et responsables des pauvres de la paroisse […] la somme de vingt-cinq livres courantes du Bas-Canada ou cent dollars espagnols […] La condition de cette obligation tient à ce que Marie Gagné, de cette paroisse , femme célibataire, a librement déclaré sous serment devant John Nairne et Malcolm Fraser, écuyers, deux juges à paix de Sa Majesté pour le district de Québec, que le 28 novembre dernier, dans la dite paroisse, elle a été délivré d’un enfant mâle bâtard et que le dit enfant est susceptible de devenir à la charge de la dite paroisse et a chargé le ci-devant nommé Pascal Imbeau de lui avoir fait cet enfant bâtard.
Obligation signée et délivrée par John Nairne et Malcolm Fraser (signatures)(le texte a été écrit par Fraser, mais l’intitulé à l’endos est de la main de John Nairne)
Marques : François X Imbeau et Pascal X Imbeau (apposent leur X entre leur nom écrit par Fraser)

Lalancette précise toutefois que le nom Murray n’apparait pas dans le texte : «Nairne l’aurait donc ajouté entre 1798 et 1802 [..]. A-t-il choisi d’attribuer à ce petit pupille de la paroisse le nom de son lieu de naissance? La chose semble plausible : Nairne a sans doute voulu proposer à son entourage d’attribuer ce nom de famille à l’enfant afin de lui rappeler son lieu de naissance qui, pour Nairne, s’appelle MURRAY BAY.»

Pierre Murray, fils de Pascal Imbeault, gravite autour de la famille Nairne. Il épouse Élisabeth Gilbert le 16 septembre 1817, à La Malbaie, il aura au moins quatre enfants de cette union. Lors du recensement de 1852, il est recensé comme étant Pierre Murray, domestique au manoir en compagnie de sa fille, Élisabeth Murray, et de sa tante Marie Imbeau-Perron. Il décède le 3 juin 1869 à Sainte-Agnès.

Pierre est donc le fils de Pascal Imbeault et Marie Gagné? Oui, Marie, fille d’Ignace et Victoire. Vous voulez en savoir plus sur Pascal Imbeault? Suivez le lien.


Joseph Marie Gagné

On le baptise seulement «Joseph-Marie». Si à son mariage on lui impose un laconique «Joseph, journalier de cette paroisse», à son premier enfant, une petite fille, on le désigne sous le nom de Joseph Ignace. L’enfant baptisée Marie Ignace – Oui, Ignace devient son patronyme – aura comme parrain, Pierre Murray, dont on a parlé plus tôt. Que doit-on comprendre? Qu’on se fait des politesses entre illégitimes ou entre frères?

Quand on lui refuse un patronyme il se nomme «Joseph-Marie Ignace» ou «Joseph Ignace». Pourquoi? Parce qu’il est Joseph à Marie à Ignace, son prénom nous donne donc son arbre généalogique. Ce prénom de «Joseph Ignace» s’accompagnera parfois de Gagné aux registres de La Malbaie. Entre 1833 et 1835, Joseph et sa famille déménagent à Rimouski. Loin de Charlevoix, il devient enfin «Joseph Gagné».

Liens possibles entre les Murray et les Gagné

La clé de l’énigme
Tout comme le cas de Pierre, né quatre ans avant lui, le cas de Joseph-Ignace trouve aussi, rapidement sa solution, dans la correspondance du juge de paix, Nairne, aussi révélé par Mario Lalancette. Le 1er mars 1802, John Nairne, juge de paix à La Malbaie, reçoit un avis d’un habitant de La Malbaie, un certain Louis Bouchard, paysan aisé du lieu, ancien chef de milice. En voici le contenu :

«Monsieur, Comme vous êtes rendu caution pour moi que l’enfant dont la nommée Marie Gagné est enceinte et qu’elle a fait serment que j’en suis le père, ne sera pas à charge de la paroisse, je promets et m’oblige de vous tenir quitte envers la paroisse de la Murray Bay ou Malbaye et toutes autres et promet payer la somme de deux piastres par mois à telle personne que vous nommerez pour le profit de cet enfant et cela pour un an de ce jour au cas que le dit enfant vive si longtemps et de continuer de payer cette somme jusqu’à ce que je trouve à le placer ailleurs qu’avec sa mère ou que je prenne sur mes charges ou jusque à ce qu’il soit capable de gagner sa vie.
Je suis, Monsieur, votre très obligé et très humble serviteur
Louis X Bouchard
(X = marque en l’absence de signature)»

À l’endos du document : (À Monsieur Malcolm Fraser, seigneur de Mount Murray) Signé et livré en présence de John Nairne JP (juge à paix).

À ce document s’ajoute une reconnaissance de dette ou obligation envers la paroisse :
«Bond by Louis Bouchard et Malcolm Fraser pour indemniser la paroisse : Reconnaissance de paternité par Louis Bouchard le 1er mars 1802 en faveur de la paroisse représentée par William Bilodeau, Étienne Pedneau et Jean Brassard; 100 livres du Bas-Canada. Marie Gagné, single woman, après examen volontaire sous serment déclare être enceinte d’un bâtard et le père en est Louis Bouchard. Payable avant 1er mars 1802 (Témoins) Louis Bouchard (qui appose son X)»

Ces documents ne donnent pas le prénom et le sexe de l’enfant car il naîtra seulement quelques jours plus tard.

Baptême de Joseph-Marie qui deviendra Joseph Gagné.

Il épouse Élisabeth Simard le 19 avril 1825, à La Malbaie, le couple aura au moins trois enfant, dont deux feront souche en Haute-Côte-Nord. La branche majeure de Gagné de la Haute-Côte-Nord provient de Joseph-Marie.

Descendants de Joseph-Marie Gagné. Ce sont les fils de Xavier qui perpétueront le nom en Haute-Côte-Nord.


Dans une prochaine chronique, nous verrons que Pierre et Joseph-Marie ne sont peut-être pas les seuls «frères illégitimes» en Charlevoix.

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1 commentaire sur “Illégitimes en Charlevoix (5) :
La fratrie Murray-Gagné

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