Mères Natures

 

Le vrai «sang indien» des Haut-Nord-Côtiers 

Comme mentionné dans la précédente chronique, nier l’apport des autochtones dans la génétique de la population de notre région relèverait de l’hérésie. Dans le contexte historico-généalogique de la Haute-Côte-Nord, les lignées autochtones proviennent généralement des femmes et demeurent cantonnées à quelques familles, quoi qu’en disent la politique et les cartes d’Alliance Autochtone servant à financer «on ne sait trop quoi».

Le b.a.-ba d’une ascendance
Comme les légendes et fabulations ont la cote, commençons par le début : Qu’est-ce qu’une ascendance?
Selon la définition : «Ligne généalogique par laquelle on remonte de l’enfant aux parents, aux grands-parents; ensemble des générations dont quelqu’un est issues.» Selon cette définition, l’oncle de votre arrière-grand-père n’est pas votre ancêtre. Encore moins le beau-frère de votre grand-mère. Dans le cas d’un(e) oncle/tante, on parle d’ancêtres collatéraux.
(Ne riez pas! Ce n’est pas évident pour tous!)

Pour avoir l’ensemble de ses ascendants, chaque personne doit remonter chacune des lignées de son arbre. Ce qui, sur une dizaine de générations correspondra à ± 1024 individus différents. En excluant les implexes, soit les individus qui se retrouvent plusieurs fois dans le même arbre, ce qui est commun dans nos petites régions.

Après douze générations, approximativement, apparaissent les premiers arrivants en Nouvelle-France. La première génération d’Européens débarquée. Il s’agit, habituellement, de la quête de beaucoup de généalogistes.

Donc, si toutes les extrémités des branches de votre arbre se terminent en Europe, il est très peu probable que le sang autochtone coule dans vos veines, on s’entend?

L’exception…
Quelques employés des postes de traite, ou coureurs des bois, acoquinés avec des femmes innues, vivants entourés d’autochtones, finiront par adopter leur mode de vie. L’exemple de Barthélémy-Roger Hervieux (1727-1799), surnommé Uauiatamu par les Montagnais, représente très bien cette «adoption» d’un Blanc par une bande.
Le cas de Joseph Moreau, déjà sur la Côte en 1822, relève aussi de ce genre de particularité. De son union avec Marie Volant, naîtront sept enfants. Cette fratrie, vivant entourée d’autochtones, à des centaines de kilomètres d’une civilisation blanche, ne peut penser en Canadien. Joseph, déjà «amérindianisé» ne peut guère transmettre sa culture et sa langue. Ne l’oublions pas, la langue, c’est maternelle… et les femmes élèvent leurs enfants en «petits Sauvages». De toute manière, leur survie dépend justement de cet héritage millénaire.

***

Mères Natures
Il serait bon de savoir et surtout comprendre QUI étaient ces femmes, même si la généalogie autochtone demeure un terrain de jeu complexe, nous pouvons parfois comprendre quelques lignées. Naturellement, il ne sera question ici que des familles dont l’ascendance amérindienne ne représente aucun doute. Des lignées documentées et admises par les généalogistes et historiens. Dont certaines ne sont pourtant pas reconnues par les politicailleries gouvernementales…. Alors que de chimériques fausses lignées s’accrochent des plumes, au hasard des fabulations de quelques chercheurs dans un but politique (in)avoué.

Notez : Cette liste se limite aux familles de la Haute-Côte-Nord et n’est pas exhaustive. Vous pouvez me signaler votre ancêtre autochtone dans les commentaires. Après vérification (et preuve) on ajoutera votre lignée.
Précisons qu’une «carte d’Alliance Autochtone» ne constituera point une preuve d’une ascendance innue dans le cadre de cette chronique.

***

Famille Côté : Julienne St-Onge, Montagnaise
Julienne St-Onge, fille de Paul St-Onge et Agnès Utshimau*, épousera Ferréol Côté, le 20 juillet 1846, sur le territoire des Postes du Roi. Ses origines montagnaises sont clairement établies dans l’acte de mariage :

On remarquera le S long (∫) qu’un lecteur non averti confondrait aujourd’hui avec un f. Le s long a subsisté en langue française et en anglais jusqu’à la Révolution industrielle. On le retrouve habituellement suivi d’un s rond, tel qu’on le connait aujourd’hui.

Les lignées St-Onge s’arrêtent toutes, pour le moment, à Paul St-Onge et Agnès Utshimau*, qui sont dits Montagnais tous les deux. Les parents ne sont pas mentionnés sur l’acte du mariage, aux registres de Chicoutimi le 27 juin 1820. Qui étaient les parents? L’ascendance d’Agnès ne semble pas avoir été retrouvée mais celle de Paul, pourrait être reliée à Jérôme Payant dit St-Onge (1768-1847), voyageur dans les Postes du roi.

Reconstitution de la famille Côté, seul le fils homonyme, Joseph Ferréol, sera porté à maturité (possiblement) et prendra épouse.


*Son patronyme, rarement présent aux registres comporte de multiples variantes : Maliluichkue, Natshishkueu, Mitschiman, Uitschimaw. Les spécialistes en généalogie autochtone lui octroient Utshimau, ce que je respecterai.

***

Famille Gagné : Marie Connolly, Montagnaise
Lors de son mariage avec Cyrille Gagné (1846-1906), à Chicoutimi, le 9 janvier 1866, rien ne peut nous éclairer sur les origines de Mary Connolly. On la dit veuve de «Sandy» Robertson, dans les faits, il s’agit d’Alexandre Robertson. Si on retourne au mariage Connolly/Robertson, à Hébertville, le 29 juin 1859. L’énigme n’est point résolue.
Le missionnaire, Charles Arnaud, pourtant très précis habituellement, nous offre une inscription hors norme. Est-ce le protestantisme de l’époux qui a dérangé l’oblat dans sa rédaction? Bref, le père de Marie, William, apparait dans l’acte mais sans mention du lien. L’autre témoin, James Laframboise, régularise son union avec une certaine Marie Boucher, dans l’acte précédent (surligné en vert). Ils sont dits : «Sauvages du St-Maurice» et William Connolly leur sert de témoin. Un arrangement de dernière minute ou tous ces gens se connaissaient?

Mariage Connolly/Robertson surligné en jaune.

Les historiens et spécialistes en généalogie autochtone s’accordent sur le fait que ce William Connolly est le fils de William, trafiquant de fourrures (lire la biographie de William). Quant à sa fille, Marie, jumelle de Jacques, elle est né de son union avec Jeanne.

Baptême de Marie Connolly, née le 25 février 1838.

Le mariage de William et Jeanne apparaît sur la même page de registre, tout en bas (surligné en vert) : «Le vingt-six juillet mil huit cent trente-neuf, avons prêtre missionnaire avons, selon les règle de l’Église catholique, reçu les mutuels consentements de mariage entre : […] 2e William Connelly fils majeur de William Connelly, Ecuyer et de Jeanne, fille majeur de Prospère de Chicoutimi et de défunte Geneviève.»
L’ascendance montagnaise de Marie Connolly passe donc par sa mère, Jeanne Utshimat, fille de Geneviève Iskuesh et Prosper Utshikuanish.

Un seul fils assurera – de belle façon – la descendance du couple Connolly/Gagné, Josité dit William. De son mariage avec Mathilda Perron, le 17 octobre 1899, à Tadoussac, il portera quinze enfants au baptême.

Famille de William Gagné et Mathilda Perron.

***

Famille Gagnon : Cécile Kaorate, Montagnaise
Cécile Kaorate, fille de Charles Ta8aban8n et Marie-Josephte Misk8t épousera Jean Gagnon, le 16 avril 1742, à St-Joachim de Montmorency. Même si on omet les parents dans l’acte, on mentionne la filiation montagnaise de Cécile. Le jour du mariage, on place sous le voile une enfant, Charlotte. Le baptême de cette dernière prouve, hors de tout doute, l’ascendance de Cécile Kaorate : Montagnaise du côté paternel; sa mère est toutefois métisse, Marie-Josephte Misk8t dite Pelletier est, en fait, la fille de Nicolas Pelletier, un habitué du Domaine du roi, qui y vit à la mode du pays.

Mariage Kaorate-Gagnon se déroulant à la Petite Ferme avec la permission de Monseigneur.

Dans l’acte de baptême de l’enfant, la marraine est clairement identifiée : «Josephe Pelletier, veuve Kaorate, grand-mère de la fille».

De l’union de Cécile et Jean Gagnon, deux enfants étendront leurs ramures jusqu’en Haute-Côte-Nord, Augustin et Geneviève (épouse du premier Blackburn, un Écossais du prénom de Hugh). Les descendants sont trop nombreux pour être énumérés.

***

Famille Hervieux : Marie-Anne Uabispuagan, Mi’kmaq
L’histoire de ce couple a été abordée dans une précédente chronique. Le statut d’autochtone de Marie-Anne ne peut être remis en question, relire la chronique Mon frère Innu :

Mon frère Innu

La descendance bergeronnaise de Pierre Hervieux (1851-1938) se passe de présentation, il s’agit d’une jeune lignée dont la progéniture se promène toujours dans nos villages.

***

Famille Moreau : Marie Volant, Montagnaise
Joseph et son frère, Charles, s’installent en Minganie, à l’emploi de la Compagnie du Nord-Ouest (qui fusionnera avec la Baie d’Hudson en 1821). Les deux frères épouseront des autochtones et donneront naissance à une nouvelle lignée. Comme mentionné plus haut, le cas de Joseph Moreau, un Canadien «amérindianisé», portera toujours à interprétation. Particulièrement sur le statut de ses enfants issus de sa deuxième union avec la Charlevoisienne Suzanne Tremblay.

Acte de mariage Volant/Moreau. On préfèrera, pour le patronyme de la mère de Marie, Shabaju.

L’ascendance innue de Marie Volant provient de sa mère, Charlotte, dont la variation du nom : Atiteriu, Shabaju ou Sauvageau comme dans cet acte, ne laisse guère de doute sur ses origines.

Famille de Marie et Joseph, en caractère gras, les enfants dont la descendance est toujours présente sur le territoire.

***

Famille Nicolas/Jennis/Tiennis, Malécite de Viger
Exception à la règle, très présents sur la Côte-Nord, avec une forte présence en Haute-Côte-Nord, les Nicolas ne sont point Montagnais mais Malécite.

Acte de mariage Isabelle/Nicolas

Quelques détails intéressants dans l’acte de mariage entre Nicolas (à qui ont octroiera le patronyme Jennis ou Tiennis selon les sources) et Ursule Isabelle. D’abord, il est dit Abénaquis et non Malécite. Il faut savoir qu’historiquement les Malécites sont des survivants et que leur histoire est complexe. Comme nous ignorons pratiquement tout des parents de Nicolas, notre quête s’arrêtera là. Quant à Ursule son grand-père, Antoine Cha8gonet (ou autres variantes) se réclame de la nation algonquine pendant qu’on accorde des racines abénaquis à son épouse, Catherine. Bref, difficile de remettre en question la souche autochtone des Jennis que l’on connait surtout sous le nom Nicolas en Haute-Côte-Nord.

En caractères gras, les enfants du couple ayant fait souche dans la région.

***

Famille Ross : Marie, autochtone non identifiée.
La famille Ross autochtone est issue de Paul, fils de Simon et d’une autochtone malheureusement impossible à identifier que l’on supposera Montagnaise :

Baptême de Paul Ross, à Tadoussac, en 1833.

Le cas de Paul Ross, fils de Simon Ross, se classe très haut dans les fabuleuses histoires de nos familles. La légende veut que Paul fut kidnappé par la tribu de Marie afin qu’il soit élevé en véritable «petit Sauvage».

Extrait du livre Sept-Îles et son passé de René Bélanger.

On prendra cette histoire avec un grain de sel, pour ne pas dire toute la salière. Avant tout, parce qu’elle provient de René Bélanger, le monseigneur à la fabuleuse plume. Ensuite, le lieu de naissance en contradiction avec l’engagement de Simon Ross à la HBC où il donne Ullapool, un lieu à 82 kilomètres de Mid Fearn. Mais surtout, c’est le mariage de Simon avec Elizabeth Brennan en 1837 qui cause problème. Selon cette histoire, Paul Ross habitait seul avec son père, si sa mère eut besoin de le kidnapper? Mais entre 1834 et 1836, Simon Ross est commis au poste de Chicoutimi. Un homme seul s’occupant d’un enfant? Ensuite, Ross reviendra pendant un an à Tadoussac, toujours en s’occupant de cet enfant qui se fera kidnapper? Enlevé, comme par hasard, possiblement juste avant son mariage avec l’Irlandaise Brennan?

Il s’agit vraisemblablement plus d’un fantasme expliquant l’absence d’un père dans l’inconscient du jeune Paul Ross devenu vérité. Comme plusieurs Blanc à l’emploi des postes de traite, Simon Ross aura délaissé sa conjointe autochtone afin de se marier et fonder une famille. Le jeune Paul aura toutefois un père car à son mariage on mentionne un certain «Germain, père adoptif de l’époux». Par contre, n’est point chimérique sa flamboyante descendance, toute en rousseur, de son union avec Lisette Moreau.

On remarquera le mauvais sort qui s’acharnait sur les petits Paul.

***

Famille Tremblay : Christine Matshatutsheu dite Tehischera, Montagnaise
Une lignée de Tremblay autochtone? Pourquoi pas! Tout est possible en généalogie québécoise!

Les spécialistes s’accordent sur le fait que la mère de Christine se nommait Pulchérie Vapspuagan et non Rosalie Otchit Chikoa.

Baptême de Christine Matshatutsheu, fille de François Tehischera et Pulchérie Vapspuagan. Les patronymes ne sont pas héréditaires chez les autochtones.

En Haute-Côte-Nord cette lignée sera transmise principalement par une femme, Béatrice, fille de Christine et Moïse, épouse de Télesphore St-Gelais.

Famille de Télesphore et Béatrice, en caractère gras, les cinq enfants dont la descendance est toujours présente sur le territoire.

***

Et les autres?
Nous pourrions aussi ajouter à cette liste :

Catherine Capela, Mi’kmaq, le (probable) premier Huard en terre d’Amérique, Pierre, épousera, on ne sait où et quand (mais vers 1730), une métis. Fille de Guillaume Capela, Caplan ou Capelan de St-Nicolas de Graves en Gascogne.  On ignore tout de la mère de Catherine, ce qui rend l’histoire plutôt difficile à raconter.

***

Judith Minoues, Malécites, fille du chef Pierre Ouenemouit, connu sous le nom de Grand Pierre, et Marguerite. Elle épousera le soldat allemand Simon Boebe, dont les descendants sont connus sous le nom Pipp ou Simoneau dans notre région. Aux dernières nouvelles, cette lignée n’est pas reconnue par les Malécites de Viger. Comme quoi, une carte, ce n’est pas tout.

***

Agnès Siméon a quelques descendants en Haute-Côte-Nord. Épouse de Charles Jordan (et non Jourdain) ses descendants sont toutefois cantonnés plus à l’Est sur la Côte-Nord.

***

***

En conclusion
On ne peut s’accrocher des «plumes» au hasard des fabulations de quelques chercheurs. Il faut être vigilant et ne pas confondre les enfants illégitimes – voir le dossier Illégitimes en Charlevoix – et la progéniture des Amérindiens. Ils sont certes souvent baptisés sans patronyme, vu l’absence de mariage, mais la vérité se retrouve au détour d’un acte…

Et pour ceux qui ne sont pas d’accord, les tomates sont toujours prêtes!
😉

 

 



Soyez avisé par courrier
à chaque parution d'une nouvelle chronique.
Abonnez-vous à notre courriel d'information.


Un "tip" pour l'auteure!?

Il vous suffit de déplacer le curseur afin de choisir le montant du tip!
Paypal est trop complexe?
Vous pouvez faire un virement  INTERAC à l'adresse suivante :
admin@finmot.net
mot de passe : histoire
Vers la droite, ça coûte plus cher!
C'est généreux!
C'est cher pour un texte, non?
Vous êtes certain?
Ben coudon!
Thank you very much !

Pssst!
La langue française, si belle et si précieuse, demeure néanmoins ardue à écrire. Si vous voyez des fautes, s.v.p., ne vous gênez pas de commenter afin de les souligner. Merci!

2 commentaires sur “Mères Natures

  1. Marc Doré

    Vous n’êtes pas sans savoir que l’origine de Cécile Kaorate n’est pas aussi limpide… Bouchard (Russel Aurore) par exemple ne tranche pas réellement entre Marie-Jeanne, fille de Madeleine Teg8achik, une Innue; et Marie-Josephe, fille de Françoise 8ebechinok8e, Algonquine. Même s’il privilégie Marie-Jeanne. Évidemment, l’une et l’autre sont filles de Nicolas Peltier, dit Maroles, fils d’immigrant français qui a passé sa vie adulte dans les forêts et sur les cours d’eau du Domaine du Roy. Kaorate est un patronyme attribué à deux Montagnais, Charles et Thomas, dont on n’est pas certain qu’ils soient frères, ou père et fils. Je suis un descendant d’Augustin Gagnon, et le fait d’avoir une ancêtre métisse est relativement connu dans ma famille, même si ce n’est pas crié sur les toits.

    Répondre
    1. Fin Mot Auteur(e)

      On parle de Russel-Aurore Bouchard? Auteur(e) de “Naissance d’une nouvelle humanité au coeur du Québec”?
      Celui/celle-là même qui a remarié Marie Volant, en 1846, après son décès par conséquent… tout en spécifiant que Joseph Moreau était veuf de Marie Volant en 1838 lors de son mariage à Suzanne Tremblay?
      Je ne ferai aucun commentaire.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *