Maudits Sauvages!

Le faux «sang indien» des Haut-Nord-Côtiers  

Plusieurs Canadiens, comme on appelait alors les Québécois, vivaient «à l’amérindienne». Cette pratique, dénoncée par le clergé, concernait surtout les coureurs des bois et par extension, plusieurs commis ou autres employés des postes de traite, d’où un impact certain sur notre région. La principale conséquence de cette existence «à la mode du pays» étant, la vie commune, souvent hors des liens du mariage, avec les Sauvagesses.

Les compagnies de traite, présentes sur notre territoire tentaient, tant bien que mal, d’interdire ce genre de pratique de la part de ses commis, mais en vain. Nelson-Martin Dawson, dans son livre Fourrures et forêts métissèrent les Montagnais, explique très bien la situation : «Pour ceux-ci [les coureurs des bois ou commis], la présence d’une femme indienne à leur côté était même un gage de succès. Leur alliance matrimoniale les introduisait dans un réseau familial favorisant l’apprivoisement de l’espace sylvestre. Leur conjointe, qui maîtrisait un précieux savoir séculaire, garantissait leur survie dans le nouvel environnement. L’habileté de la femme indienne au soutien domestique représentait un atout prisé par l’homme qui choisissait de vivre l’expérience des bois, puisque c’était elle qui servait de guide, préparait les fourrures, fabriquait les mocassins et autres vêtements de cuir ou de fourrures et qui, souvent (ou du moins au début de leur union), servait d’interprète et d’introductrice par sa connaissance des langues et des coutumes indiennes.» (p.134)

Peinture, Le port du Roi, Tadoussac. William Henry Edward Napier, M458, © Musée McCord.

Maudits Sauvages?
Le terme «Sauvage» ou «Sauvagesse», toujours écrit avec un S majuscule si vous le remarquez, employé à l’époque était loin d’être péjoratif ou une insulte à ces enfants de la Terre-Mère qu’étaient les Autochtones. Au contraire, l’utilisation du terme Sauvage est dérivée du latin classique «silvaticus».

Sur Érudit, John A. Gallucci explique :
En latin classique, «silvaticus» signifie «de ou qui dépend d’un bois ou d’arbres» ou, s’il se réfère à des plantes ou à des animaux, «qui évolue à l’état sauvage» (Charlton T. Lewis et Charles Short, A Latin Dictionary, Oxford, Clarendon, 1962). Dans le Dictionnaire latin-français de Félix Gaffiot (Paris, Hachette, 1934), on retrouve cette définition de silvaticus : «qui est fait pour le bois» et «sauvage (en parlant des végétaux)».
Pour en savoir plus, suivez le lien.

En résumé, cette appellation de Sauvage fait référence à l’environnement naturel et sauvage qu’est la forêt boréale dans laquelle évoluaient, si aisément, les Première Nations. Aujourd’hui, on occulte le sens premier et véritable du mot.

Peinture, Trois Montagnais avec des wigwams, La Malbaie. William Raphael, M6016, © Musée McCord

Blanc ou Sauvage, point!
Il convient d’expliquer que d’un point de vue archivistique, le terme «métis» n’existe pas ou peu au Québec. Il s’agit d’une invention moderne et politique. Il suffit de parcourir les documents pour comprendre les deux options : Être Blanc ou Sauvage. Le «moitié l’un moitié l’autre», n’existe pas. En fait, comme l’explique Nelson-Martin Dawson dans son livre Fourrures et forêts métissèrent les Montagnais : «S’il est vrai que le métissage dépend initialement du fait biologique, il est toutefois bien davantage un long processus social, issu d’une mise en contact des sociétés indiennes et européennes et le résultat de leur évolution conjointe.» (p.12)

Le livre de Nelson-Martin Dawson : Fourrures et forêts métissèrent les Montagnais. Regard sur les sang-mêlés au Royaume du Saguenay, éditions du Septentrion. Permalien.

Lors d’un mariage entre un Blanc et une Amérindienne, on arrache souvent la promesse qu’on élèvera les enfants, issus de cette union, parmi les blancs, dans leurs moeurs et leur langue. Ce qui fût rarement le cas, particulièrement pour la première génération. Intégrés à leur communauté d’adoption, ces Canadiens, vivants «à l’amérindienne», en suivent les moeurs et coutumes; la tribu les «adopte» et leur octroie même un nom autochtone. En surplus, la domination du matriarcat chez les Premières Nations, donnent aux femmes une grande ascendance sur les enfants, élevés en petit «Sauvage», bien loin des coutumes européennes. Dawson explique : «La progéniture métissée issue de ces unions n’évolua pas en vase clos, repliée sur elle-même, à l’écart des deux communautés d’origine. Ces métissés se sont intégrés soit à la vague de colons agroforestiers venus défricher les terres ingrates du Saguenay, soit à la frange de chasseurs que le temps qualifia immanquablement de Montagnais.» (Nelson-Martin Dawson, Fourrures et forêts métissèrent les Montagnais p.226)

On doit donc comprendre que le couple «choisi» son mode de vie et ce choix se répercute sur le statut. La Loi sur les Indiens, adoptée en 1876, changera la donne : «Pendant près de cent ans, cette loi était particulièrement discriminatoire envers les femmes. Celles-ci perdaient leur statut d’Indienne si elles se mariaient à un non-Indien, ce qui les obligeait à quitter leur communauté et à renoncer à leur héritage ainsi qu’à leurs terres familiales.»  Ce qui propulsera, hors-réserve, des familles plus autochtones que canadiennes car ne l’oublions pas : la langue est maternelle et un excellent véhicule culturel.

Montagnais fabriquant un canot d’écorce, Lac-Saint-Jean, QC, vers 1898. Wm. Notman & Son, VIEW-3205, © Musée McCord

Quelques familles de chez-nous ont donc une branche de leur arbre qui est plus «naturelle» que les autres. Cette branche se distingue d’une autre union mixte, telle celle entre une Canadienne et un Irlandais par exemple, ayant, malgré tout, des modes de vie similaires. En fait non, justement, il s’agit, en réalité d’une union entre un Blanc «amérindianisé» et une Amérindienne. Si l’Innue de ce couple s’était européanisée, nous n’en parlerions point. Preuve? Le terme «amérindianisé» n’existe pas! Ce n’est pas prévu à la langue française. Mais à quoi rêvait Samuel de Champlain en proclamant, aux chefs Hurons : «Nos jeunes hommes marieront vos filles, et nous ne formerons plus qu’un peuple»? Possiblement d’Amérindiens vivants à l’européenne tout en apportant leur sagesse et leur connaissance du territoire? Cré Champlain!

Coureurs des bois au coucher du soleil, en hiver, Cornelius Krieghoff (1815-1872). M967.100.17, © Musée McCord

Au-delà des idées préconçues
Selon la croyance populaire, les Canadiens-français, soit les Québécois, auraient beaucoup de «sang indien». Mais à cause de la honte du «Sauvage», cet héritage resterait occulté. La quête de «l’identité sauvage» chez les généalogistes en herbe désespère les vrais chercheurs. Au temps de Généalogie Haute-Côte-Nord, j’avais l’habitude de dire : «Si vous étiez de cette culture, vous le sauriez, les Innus n’ont pas besoin de le chercher, ils le savent!»

Je vous invite à lire ce texte de Gérard Bouchard, historien et sociologue, Le faux «sang indien» des Québécois. Selon des analyses rigoureuses, appuyées sur le projet BALSAC, l’équivalent de Généalogie Haute-Côte-Nord mais pour l’ensemble du Québec, la proportion de gènes amérindiens serait de moins de 1% chez les Québécois.
On débattra ensuite de la pertinence de ce chiffre pour le territoire des postes de traite du Saguenay? Malgré les idées préconçues, la moyenne s’appliquera aussi.

Enfants de la Terre-Mère
Nier l’apport des autochtones dans la génétique de la population du secteur relèverait cependant de l’hérésie. Dans le contexte historico-généalogique de notre région, les lignées autochtones proviennent généralement des femmes tout en demeurant cantonnées à quelques familles.

C’est ce que nous verrons dans la prochaine chronique, Mères Natures. Car, le métissage de la population se prouve véritablement et autrement que par des cartes d’Alliance Autochtone du Québec.

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8 commentaires sur “Maudits Sauvages!

  1. Jean Moreau

    Je ne doute pas que le sujet ne plaira pas à tous. Quant à moi je garde vos tomates, en échange de fleurs, et j’attends impatiemment la suite.

    Répondre
  2. Alain Léon Savage

    Je suis très fier de mon ancêtre, Gilles Le Sauvage, qui est arrivé comme soldat de la Marine,
    Gilles Sauvage 6.10.1699 / b. 6.10.1699 Vassy
    (paroisse Saint-Pierre-Maubant, évêché de Bayeux), France
    soldat des troupes de la marine de la compagnie de Repentigny

    J’me demande comment il réagissait à cet appellation des indiens d’Amérique…
    J’ai eu à faire face à ce dilemme depuis ma jeunesse !

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  3. France Lapointe

    Vous dites que les gènes amérindien seraient de – 1% pour les Québécois. Faux. Je suis Québécoise (Est du Québec) avec 5% de sang autochtone (Test ADN), Je crois que nous sommes plusieurs dans l’Est du Québec a avoir ce genre de résultats. C’est sur que se ne sont pas tous qui ont passé ce genre de tests et qu’ils l’ignorent dans ce sens mais la plupart savent qu’ils ont des gènes venant de leurs ancêtres.

    Répondre
    1. France Lapointe

      En passant j’ai bien aimé votre texte et j’attend la suite et pour les tomates je les laisse aux autres car je les aime trop pour les gaspiller…

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    2. Fin Mot Auteur(e)

      5% de sang autochtone selon des tests d’ADN? Mais votre test peut changer demain matin si on ajoute de nouvelles données. On ne peut pas se fier véritablement à ça. Faites votre arbre généalogique, après 12 générations, calculez le nombre d’autochtone et faites la moyenne. Là, on parlera de la vraie affaire, non?

      Répondre
      1. Vaugeois Jesn

        Ben oui toi, l’arbre généalogique alors que nombreuses unions étaient hors mariage, sans compter les coups d’un soir.

      2. Fin Mot Auteur(e)

        On ne parle pas ici de prouver le sang européen chez les Autochtones mais l’inverse. Les femmes améridiennes qui ont été engrossé hors mariage ou par “un coup d’un soir” comme vous dites, ont gardé leurs enfants en les éduquant en “Sauvages”, ce n’est pas de ça qu’on parle. Si vous pensez à l’inverse, revisez votre histoire et la “jurisprudence de la Nouvelle-France”, un Sauvage qui aurait osé “tiré un coup” avec une Blanche se serait rapidement balancé au bout d’une corde je crois.

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