Illégitimes en Charlevoix (10) :
Martin Mandé dit Tremblay

 

Ah ce cher Martin! C’est rare que je parle en «je» dans mes chroniques. Même s’il est le dernier d’une longue série de textes, il était le premier. Le premier illégitime auquel je me frotterai en tant que naïve généalogiste. De plus, c’est dans un contexte très particulier que cette recherche aura été faite. J’avoue avoir une tendresse toute spéciale pour Martin Tremblay-Mandé. Surtout qu’il est l’ancêtre de «mon monde» et qu’une nouvelle génération commence à pointer et perpétuer son nom emprunté à… «on ne sait qui».

Note aux lecteurs : Ce texte n’est pas en lien direct avec les précédents. Cependant, la lecture de quelques-uns d’entre eux aiderait à la compréhension de l’histoire de Martin. Voir l’introduction.

C’est d’la faute à Coco!
Portneuf, 19 janvier 2010, drame au village! Jacques Tremblay, l’Gros Jacot à Médéril décède, dans un accident de la route, sur la damnée 385. En jasant de lui, une amie me signale que j’ai une erreur dans son ascendance. Ah oui?! Oui, la filiation à la 4e génération n’est pas la bonne.

FAUSSE ascendance de Martin Tremblay dit Mandé selon le dictionnaire des Tremblay d’Amérique, avant 2010. En médaillon, Jacques (1954-2010)

Ma référence? Le premier Dictionnaire des Tremblay d’Amérique. Fortement inspiré des répertoires d’Éloi-Gérard Talbot, Martin y apparait comme le fils de Thomas Tremblay et Marie Gonthier. Marié en août 1812 aux Éboulements, le couple porte effectivement un fils au baptême, en 1827, qui se nommera «Martin Isaïe». Le problème? C’est sous le prénom usuel d’Isaïe qu’il épouse, le 5 février 1850, aux Éboulements, Marie-Louise Tremblay. Ce n’est donc pas notre Martin. Il faut chercher ailleurs.

En partance pour Charlevoix
Venez avec moi, je vous amène à Baie-St-Paul, aux Éboulement, à St-Irénée et même à Settrington, oui, oui,  toujours dans Charlevoix; sur les traces de Martin Tremblay. Si on retourne à la source, en consultant les mariages, génération par génération, une fois arrivé à celui de Martin Tremblay et Clémence Lavoie, aux Éboulements, le 5 avril 1842, le problème apparaît :

Mariage de Martin et Clémence Lavoie.

«Martin, garçon majeur, domicilié en cette paroisse », l’absence de patronyme indique clairement qu’il est sans parents connus. Contrairement aux recherches précédentes, nous sommes à la veille des premiers recensements modernes. Trouvons Martin et Clémence en 1851-52, lors du recensement :

Transcription de la première apparition de Martin aux recensements, la famille habite St-Hilarion-de-Settrington.

Martin Mandé?
Mandé? Qu’est-ce que ce nom!? L’énumérateur croit même que c’est son prénom, tellement c’est étrange. Notre Martin est né à Baie-St-Paul vers 1821? Allons donc à Baie-St-Paul fouiner dans les registres! Et l’on constate rapidement qu’il sait compter car il nous a donné exactement son âge, voici son baptême :

Baptême de Martin Mandé, né de parents inconnus.

Avec cette nouvelle identité de Martin, une révélation : Martin et Clémence Lavoie donnent naissance à six enfants, à St-Irénée entre 1844 et 1852.  Ce qui fait en sorte que l’on retrouve enfin les naissances de Joseph et Achille. Par contre, la révélation s’accompagne de nouvelles questions : Ces six enfants ont tous été baptisés du nom de Murray ou Mandé et non Tremblay.

Enfants nés de la première union de Martin.

Décès de Clémence
En 1855, Martin devient veuf, l’acte de sépulture hors norme, nous indique que Clémence est décédée «depuis à peu près un mois», nous sommes possiblement plus devant la bénédiction de la fosse par un missionnaire desservant. Cependant, ce que l’on doit retenir, c’est le nom de Martin. On le désigne maintenant comme «Martin Tremblay de St-Hilarion».

Acte de décès de Clémence Lavoie.

À partir de ce point, nous ne reverrons plus jamais les noms de Mandé, Murray ou autres variantes, aux registres des paroisses. Martin devient un Tremblay, tout comme ses enfants, issus de son mariage avec Clémence. Lors de sa deuxième union, avec Marie Lucrèce, en la paroisse des Éboulements, on le désigne comme «[…]Martin Tremblay, veuf majeur de Clémence Lavoie de St-Hilarion et Marie Lucrèce Tremblay, fille mineure de François Tremblay et Marie Latour […]».

En Haute-Côte-Nord
Martin Tremblay-Mandé débarque chez-nous au milieu des années 1870, en provenance de l’Anse-St-Jean où ils ont demeuré quelques années. La première mention de sa présence est lors du mariage de sa fille Clarisse et de Joseph-Michel Tremblay-Micho, à St-Paul-du-Nord, en juillet 1875. Quinze enfants sont issus de ses deux mariages, dont au moins neuf sont portés à maturité. Mais d’où vient l’intriguant surnom de Mandé, qu’il transmettra à sa descendance? Et de qui tient-il son nom de Tremblay?

Hypothèses sur les origines de Mandé
Martin aurait-il été pris «en élève» par le couple Thomas Tremblay et Marie Gonthier et adopté leur patronyme au niveau civil? Au niveau religieux, il devait être impossible, pour un enfant illégitime d’utiliser le nom des parents de remplacement.

Martin serait-il le fils illégitime de Thomas Tremblay? Ce dernier aurait-il «sauté la clôture»Éloi-Gérard Talbot aurait-il eu accès à de la correspondance de presbytères nous ayant échappés? Et si c’était le cas? Serions-nous plus avancés? Quand Thomas Tremblay épouse Marie Gonthier, on le nomme : «[…]Thomas Brussi dit Tremblay, garçon majeur résident de cette paroisse […]» Un autre enfant illégitime portant le nom de Tremblay!

Plusieurs noms défilent dans les baptêmes des enfants, particulièrement ceux de sa première union alors que le couple habite dans Charlevoix. À son propre baptême, Martin a, comme parrain, Élie Bouchard, fils de Joseph Bouchard et Ursule Tremblay. Ce même Élie qui épouse, quelque mois plus tard, Marie (Ursule) Tremblay? Comme par hasard, la marraine de la fille ainée de Martin se nomme Marie Tremblay.

Louise Bouchard, soeur d’Élie (le parrain ci-haut mentionné), épousera Jacques Fortin. Ce même Jacques Fortin présent lors du mariage de Martin et Clémence Lavoie? Possiblement. Dans les parrains/témoins, on retrouve Ignace, Joseph et Protais Tremblay. C’est beaucoup de Tremblay pour un homme baptisé Mandé, non? Sauf que dans ces villages, comme ici, ça ne veut rien dire autant de Tremblay.

Naturellement, tenter d’y voir clair deux cent ans après les faits relève d’une grande témérité. De plus, il faut laisser du travail à la nouvelle génération de Tremblay-Mandé! Qui sait!? Nous avons peut-être des généalogistes en devenir dans ces nouvelles lignées.

Martin terminera ses jours à Saint-Paul-du-Nord, il décèdera à l’âge de 73 ans, le 21 novembre 1894. Sa descendance, nombreuse, peuple le Québec et l’Ontario. Toutefois, c’est à Longue-Rive et Portneuf-sur-Mer que l’on retrouve toujours le noyau central des Tremblay-Mandé.

Enfants issus des deux unions de Martin avec, entre parenthèses, le nombre de ses nombreux petits-enfants.



Anecdote de recherche….

Une de-MANDÉ en mariage?

Au dépouillement des registres, à Portneuf, en mai 1930, on porte au baptême un garçon, Jean Henri, fils de «David Tremblay et Élisabeth Duval». Le nombre de David Tremblay correspondant ne sont pas si nombreux mais qui est Élisabeth Duval? Ce couple n’existe pas dans les registres québécois. Parfois, les moteurs de recherche de nos ressources sont capricieux. Family Search est le moins susceptible. Je tente donc une recherche avec le nom complet de madame et le prénom de monsieur. Et là, apparait, dans toute sa splendeur, l’acte de mariage ontarien de David Mandé, fils de Joseph Mandé et Marie Tremblay de Portneuf, et Élisabeth Duval.

Mariage de David Mandé à Thessalon, Ontario.

 

 

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1 commentaire sur “Illégitimes en Charlevoix (10) :
Martin Mandé dit Tremblay

  1. Marie Dubé

    Merci de nous partager vos voyages dans le temps. J’ai lu avec intérêt cette série de textes. En plus du contenu, on y trouve votre passion et un aperçu du cheminement de vos recherches. Ce qui rend encore plus captivants ces écrits.

    Répondre

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