La migration des Braves!

Au début de 1921, le Québec est en récession. De peur de voir nos gens s’exiler vers les États-Unis, le gouvernement «invente» la «migration agricole». Ce rebondissement d’après-guerre frappera aussi nos villages. Cette première tentative de peupler les cantons plus à l’est n’aura point l’envergure de la seconde, quelques années plus tard. Cependant, un mouvement migratoire s’enclenchait réellement vers Manicouagan.

Cette première vague concerne principalement les familles de St-Paul-du-Nord et des Escoumins. Après les préparatifs, en 1921, une première vague déferle sur les bords de la rivière aux Vases, soit l’actuel Ragueneau, en avril 1922. À bord de la goélette de David Tremblay (Luc), une profusion de Tremblay et de Desbiens de Mille-Vaches. Ils seront suivis des Quinn et des St-Gelais des Escoumins et des Hovington de Sacré-Coeur dans les années suivantes. Cette vague migratoire, malgré les apparences, ne purgera pas tant les vieux villages de notre MRC. C’est la suivante qui changera à tout jamais notre paysage.

Les suites du Krach
Dans notre région mono-industrielle, le Krach de 1929 frappe de plein fouet. Comme partout ailleurs, les cours des moulins débordent de bois dont personne ne veut. Dans une publication de l’institut Scientifique Franco-Canadien, intitulé L’est du Canada Français, Raoul Blanchard raconte (p.365) : «Depuis 1929, et même la fin de 1928, l’exploitation du bois subit une crise que nous avons déjà signalée en Gaspésie et au Sud de l’estuaire; elle est cependant ressentie plus gravement sur cette partie de la Côte Nord, où le travail du bois a pris une place qu’on peut regretter de voir si exclusive.
Aussi l’activité industrielle de la Côte Nord, à l’époque où nous l’avons parcourue, n’était-elle que l’ombre de ce qu’elle présentait trois ans avant. Fermées les scieries des Bergeronnes, des Escoumains, l’usine d’écorçage de Portneuf, les chantiers de la Wayagamack derrière Millevaches; seul fonctionne le moulin du Saut-au-Mouton (Saint-Paul de Millevaches). Fermés les chantiers de la rivière Betsiamites, dont le moulin a disparu depuis longtemps déjà; aussi le hameau canadien de Betsiamites, sur la rive Sud de l’estuaire de la rivière, en face de la Réserve indienne, n’est plus qu’un frileux assemblage de maisonnettes grisâtres où gîtent quelques paisibles fonctionnaires.»

Deux ans après le krach, le premier ministre Taschereau cherche des alternatives au problème de chômage des villes. La région, touchée par le ralentissement du marché du bois, doit aussi trouver une solution. Le gouvernement décide de dépenser 10 millions de dollars pour encourager la colonisation de régions éloignées.

Vous vous souvenez? Dans Le Temps d’une paix? C’est alors que le sous-ministre, Gédéon Désilets, enrôle Rose-Anna St-Cyr afin d’encourager les agriculteurs dans ce retour à la terre.
L’auteur a très bien démontré la réalité de cette difficile migration, tributaire des aléas d’un douteux gouvernement.

Raoul Blanchard raconte la rivière Bersimis à ce moment (p.301) :
«Mais voici du nouveau! Les malheurs du bois ont décidé quelques journaliers de chantiers désertés à tenter l’âpre chance de l’agriculture. […] À l’Est de la Réserve indienne de Betsiamites, une vingtaine de familles venues de l’amont de Portneuf ont commencé à défricher jusqu’à la chute des Outardes; de l’estuaire on aperçoit leurs maisonnettes. Prenons garde cependant qu’au premier retour de fortune ils n’aillent passer l’hiver aux chantiers rouverts, et qui sait, s’installer près de quelque nouveau moulin!»

La saignée
S’amorce alors une saignée de nos vieilles paroisses vers les cantons plus à l’est. On octroie des terres dans les cantons Laval et Latour, comme le relate le curé Bouchard de Portneuf, en août 1931 : «Vu la crise du chômage on organise un vaste mouvement de colonisation dans les cantons de Laval, Latour et Ragueneau. M. le Curé Thibault des Bergeronnes vint donner une conférence à cette fin. II démontra si bien les avantages de ce plan, et vu de plus que plusieurs étaient dans le besoin, on s’empressa de prendre des lots, même sans aller les voir. Dans l’automne, près de 50 familles quittèrent la paroisse pour aller vivre sur des lots […]» L’abbé Bouchard surestime un peu ses pertes, mais c’est quand même une trentaine de famille qui quittera sa paroisse pour ces nouveaux cantons.
Cette municipalité ne sera pas la seule à perdre une partie de sa population, Sacré-Cœur, Bergeronnes, Saint-Paul-du-Nord contribueront grandement à peupler ces nouveaux territoires, remplis de promesses selon les conférences du curé Joseph Thibault, un ardent défenseur de ce retour à la terre.

Nos villages seront à l’origine de la population de deux cantons : Laval et Latour. N’oublions pas qu’il existait une petite population déjà sur place, particulièrement aux abords des Ilets-Jérémie et du Banc des Blancs (Moulin Bersimis), soit dans les limites du canton Latour, notons les familles Miller, Gagnon et Hickey, entre autres, nous les ignorerons pour la suite de l’histoire. Nous concentrant sur les Braves, partis à l’assaut de ces nouvelles terres… de roches ou plutôt des « roches terreuses » qu’étaient les lots de colonisation de ce secteur.

***

Le Canton Laval

Les limites du Canton Laval, selon les documents de 1931, correspondent, plus ou moins, à l’actuelle ville de Forestville, soit : L’île de la Patte de Lièvre, rivière du Sault-au-Cochon, les baies Vertes et Laval, rivière et chute Jean-Raymond, rivière et Île Laval et la Baie à Didier, on ajoutera le secteur de Paul Baie. Selon des documents de 1935 on retrouve quelques familles sur les lieux. Ils arrivent, célibataires ou avec femme et enfants. Afin de vous donner l’ampleur de la perte de nos vieilles municipalités, voici la première génération des chefs de famille (avec leur épouse) :

D’abord, Welly Boucher, considéré comme le premier à y tenir feu et lieu, avec son épouse Albertine Émond. Ils arriveront avant tout le monde, possiblement le jour même de leur mariage, le 21 octobre 1929, une semaine avant le krach.

Albertine Emond & Welly Boucher, pionner du canton Laval, fondateur du “Petit Canada”.

Notons aussi le retour de Wilbrod Soucy, né à Sault-au-Cochon, aux temps des chantiers.

Ensuite, par village d’origine, une liste, naturellement non exhaustive, des pionniers de ce canton :

Bergeronnes : Régis Desbiens (Jeannette Poitras), Antoine Imbeault (Julianna Gagnon) et son frère Édouard, Jean-Charles Lapointe (Marie-Laura Hovington) et Antoine Lapointe (Cécile Girard).

Antoine Imbeault, vers 1944, sur sa terre à Baie Laval

St-Paul-du-Nord : Dosithée Gagnon (Zérilda Tremblay), Philippe Girard (Odile Tremblay) et Adélard Laurencelle (Élisabeth Barrette). Une poignée de Tremblay quitteront ce village : Isidore (Juliette Harvey), Sidonia (Yvonne Harvey), Richard (Marie Tremblay) et Georges (M.-Louise Tremblay)

Portneuf-sur-Mer : Joseph Émond (Annette Gagnon), Adjutor Gagnon (Hermeline Ratté), Stanislas Poitras (Ilda Moreau), Georges Poitras (Valérie Tremblay). Naturellement, des Tremblay iront s’y installer : Stanislas (Marthe Poitras), Charles (Lina Tremblay) et Edmond (Clarisse Quinn)

Il s’agit là de la liste des premiers arrivants. Le nombre d’habitants (adultes) du canton doublera avant 1940 alors que l’Anglo Canadian Pulp and Paper Mills y fait ses débuts. Le canton Laval donnera bientôt naissance à Forestville.

***

Le canton Latour

Les limites du canton Latour correspondent à la moitié de l’actuelle municipalité de Colombier. On y retrouve alors : Rivière-Blanche, Colombier, Cap Colombier, Ste-Thérèse et le Canton Latour qui deviendra St-Marc. Alors qu’on doit ajouter le canton Betsiamites, soit le Moulin Bersimis et les Ilets-Jérémie au village moderne de Colombier.

Madame Albertine Gagnon (Auguste Gagnon) raconte les débuts
de la colonisation de Ste-Thérèse de Colombier

Par village, une liste, naturellement non exhaustive, des pionniers de ce canton, on constatera la lourde perte de population pour le village de Portneuf :

Portneuf-sur-Mer : Louis Boucher (Gilberte Côté), Édouard Breton (Adrienne Tremblay), William Chamberland (Marie Savard), Édouard Côté, Joseph-Louis Desbiens (Laure Ange Moreau). Roméo Foster (Rosa Pinel), Charles Gagnon (Fabiola Pelletier), Adélard Ouellet (Alice Tremblay (Épiphane)), Zéducat Pelletier (Adelia Gagnon), François Pelletier (Feu Célina Emond), Albani Pinel, Joseph Pinel (Marielle Tremblay), Arthur Lafrance (Rose-Anna St-Pierre), Émilie Gagnon (veuve Pinel)), Léon St-Laurent (Rose-Ida Lavoie) et Joseph Savard (Rosetta Chamberland). Naturellement, plusieurs Tremblay emboîteront le pas : Georges (Marie Anne Thibault), Henri (Marie-Jeanne Jean), Arthur, Arthur (feu Marie-Anne Tremblay / Diana Emond) Norbert (Julia Tremblay), Pierre (Zulima Tremblay), Charles-Auguste (Jeannette Desbiens), William (Vénérande Pinel) et plusieurs de leurs enfants. Finalement, Isaac (Célanire Gagnon), et plusieurs de leurs enfants dont Adjutor (Adrienne Tremblay) et Hormidas (Marie-Anne Tremblay).

St-Paul-du-Nord : Alfred Martin (Rose-Alba Michaud), Edmond Tremblay (Bernadette Gaudreault), Félix Tremblay (Rosianne Tremblay), Georges Tremblay (feu Célina Tremblay), Isidore «Pit» Tremblay (Rosanna Tremblay), Joseph Tremblay (Caroline Savard) et William Tremblay (Ernestine Gagnon).

Tadoussac : Une branche de la famille Brisson de Tadoussac profitera de l’occasion afin de commercer. Noël Brisson et quelques-un de ses enfants s’y installeront pendant la décennie 1930 et après.

Les cantons attirent aussi des gens de l’extérieur dont : Aurélien Gaudreault (Marie-Anna Tremblay), natif de Fall River et son frère, Jean-Baptiste; aussi Léon St-Laurent (Rose-Ida Lavoie), natif de Baie-des-Sables.

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La langue française, si belle et si précieuse, demeure néanmoins ardue à écrire. Si vous voyez des fautes, s.v.p., ne vous gênez pas de commenter afin de les souligner. Merci!

4 commentaires sur “La migration des Braves!

  1. Jean Moreau

    Merci de nous alimenter d’histoire de la Haute Côte-Nord. Je me répète, mais vos publications sont du «bonbon» pour celles et ceux qui vous lisent.

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  2. Johanne Gagnon

    Ce fut un réel plaisir de te parler et wow pour ton nouveau site mais c’est certain que généalogie va me manquer.

    Répondre
    1. Fin Mot Auteur(e)

      Mais la généalogie sera dans mes histoires! C’était très agréable ce téléphone, effectivement. On finira bien par se rencontrer.

      Répondre

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