La Jamboise 2/2

 Abandon, résurrection et disparition

On se souvient que les parents Jamboise, Jean-Baptiste et Aurélie Boily se sont «donnés», en 1899, à leur fils ainé, Thaddée, comme le veut la coutume de l’époque (voir texte précédent). Nous en sommes donc à la deuxième génération de Tremblay-Jamboise à habiter la célèbre maison connue sous ce même sobriquet. La vie file doucement, il y a la grande guerre et l’enrôlement du cadet, Émile, dans le Corps expéditionnaire canadien (voir son dossier militaire) … mais l’évènement marquant sera l’arrivée des Jobidon, en 1916.

La Jamboise vue du ciel. Jean-Marie Cossette, Fonds Point du jour aviation limitée, 1977, BanQ, P690,S1,D77-226, Permalien.

1911, à la Petite Romaine
Au recensement de 1911, on dénombre deux maisons à la Petite Romaine. Dans la première, on retrouve la famille d’Adolphe et Alphonsine Brisson, on se souviendra que selon la volonté du père Jamboise, Thaddée devait fournir un lot à son frère afin qu’il puisse «bâtir maison», sa part du contrat a donc été respectée. L’autre maison, la Jamboise, abrite alors les parents Jamboise, la famille de Thaddée et celle de son fils Zéphirin, donc, douze personnes. L’isolement n’empêche point l’instruction car toute la maisonnée sait lire et écrire. Seul Zéphirin semble travailler à l’extérieur comme journalier. On cultive la terre et on admire le paysage grandiose de ce bout de pays… en attendant l’arrivée de la famille Jobidon en 1916.

La population de la Petite Romaine selon le recensement de 1911.

La famille Jobidon
En 1916, s’amène, dans le but d’exploiter la mine d’ocre, la famille Jobidonmais c’est une autre histoire, rappelez-vous! Hélène Jobidon, fille ainée de Pierre et Charlotte De Kastner, publiera deux essais concernant ce pan de sa vie dans la revue Écrits du Canada français. Dans le premier récit, «La Petite-Romaine», elle nous dresse un vivant et vibrant tableau du lieu-dit La Petite Romaine : «À notre arrivée en 1916, le patelin comptait exactement deux maisons d’habitation, quelques bâtiments de ferme et une seule et même famille de quatre générations. Assez vaste et bien construite dans le style canadien, la maison familiale abritait trois générations et l’autre, plus petite, en bois brut, le seul fils marié et sa jeune famille. En tout, onze adultes et cinq enfants.» Sa description des gens, du mode de vie et de l’environnement mérite qu’on en publie un extrait :

«La Petite-Romaine» Hélène J. Gagnon, Écrits du Canada français, No 48, p.43-65. Permalien.

Dans un deuxième texte, elle relatera le cauchemar de la grippe espagnole déjà abordé dans la chronique À l’ombre de la Jamboise.

Les maîtres des lieux
En septembre 1932, Thaddée se retrouve en mauvaise posture. La Jamboise et les lots autour sont vendus à l’enchère. C’est un dénommé Joseph Ratté (1900-1940) de Bergeronnes qui en fait l’acquisition pour la somme de $1,650.00. Il empruntera d’ailleurs $650.00 (à 7% d’intérêts) à «veuve Pascal Tremblay», soit Adiana Duchesne afin de payer la somme due.

Le 20 octobre 1941, «veuve Joseph Ratté», Odélie Hovington (1901-1981), vend la propriété à Edgar Bouchard (1886-1972) qui y installe sa famille. La famille Bouchard et ses descendants y seront présents pendant plus de trente-cinq ans.

Famille d’Edgar Bouchard et Marie Lavoie, en caractères gras, les membres de la famille qui feront souche dans la région.

Un Jamboise sauvera-t-il la Jamboise!?
Nous sommes vers 1979, après le décès du dernier propriétaire, quand la Jamboise est désertée. Un «comité spontané» se forme afin de sauver ce monument historique. On procède à des actions afin de monter un dossier avec l’aide du Ministères des Affaires culturelles, le résultat? Rien de concluant semble-t-il : «À l’été 1979, cinq étudiants (tes) ont travaillé à recueillir diverses informations et sensibiliser la population à un éventuel projet de restauration et d’animation de la Maison “Jamboise”, dans le cadre du programme Jeunesse Canada au travail. Le projet était piloté par le groupe CONTAC et le club colombien de St-Paul-du-Nord. Depuis ce temps, on n’a plus entendu parler de la “jeanboise”! »

Pierre Rambaud, «L’agonie de la “Jeanboise”», extrait de l’éphémère mensuel «Autrement dit», publié en juin 1981.

Malgré l’intérêt du Ministère, c’est le privé qui devra y voir… et qui d’autre qu’un Tremblay-Jamboise pourrait s’y intéresser? En août 1985, Marcellin Tremblay – à Joseph à Jean-Baptiste et Aurélie – rachète la maison de ses grands-parents Jamboise, dans le but avoué de rénover l’ancestrale demeure (selon la demande de permis de rénovation). Il ne l’habitera pas et la revendra, quatorze mois plus tard à un dénommé Denis Brazeau originaire de la Montérégie. Ce dernier redonnera son lustre d’antan à la Jamboise. Plusieurs se souviennent de l’avancement des travaux; la résurrection de la Jamboise enthousiasma une partie de la population.

Fin de la Jamboise et contournement
Le 27 novembre 1989, la Jamboise disparaît dans un incendie. Une perte pour le patrimoine bâti de la Haute-Côte-Nord mais surtout, la disparition d’un repère historique. Partie la belle maison «d’la P’tite Romaine»! Le propriétaire installera une maison mobile sur le terrain et le lieu sera fréquenté jusqu’en 1999.

C’est le 29 juin 1999 que le gouvernement achète, du dernier propriétaire des lieux, le lot de la célèbre Jamboise. On procède alors à des travaux majeurs de contournement, la route 138 ne longera plus le fleuve à cet endroit à partir de 2001 ou 2002.

Plan issu du contrat de vente du lot 21, du rang II, du canton Iberville, soit le terrain de la maison Jamboise. Source : Registre Foncier du Québec.

Aujourd’hui, ce secteur n’est guère accessible, le Ministère des Transports a même procédé au démantèlement du pont sur la rivière.

L’ancien tracé de la route 138, en août 2017 avant le démantèlement du pont. Source : Karine Martel.

Au-delà d’une maison
Pour les historiens et les amoureux d’histoire, l’intérêt du lieu-dit «La Petite Romaine» ne se limite pas à cette magnifique maison ancestrale. La mine d’ocre, et ses quelques tentatives d’exploitation, attise la curiosité. Qu’en était-il vraiment?
Ça sera le sujet d’une prochaine chronique, c’est donc encore à suivre! Juste ici…


Merci!
Merci à Josée Girouard, directrice de l’évaluation foncière à la MRC de la Haute-Côte-Nord, pour le partage de ses connaissances et l’aide à comprendre le charabia des cadastres!
J’ai donc ben donc bien choisi ma voisine moi!
😉


 

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1 comment on “La Jamboise 2/2

  1. Karine Martel

    Toujours triste de voir disparaître les points de repère sur ma route… même si avec le contournement, je parvenais presque à oublier qu’elle n’est plus là depuis longtemps.

    Répondre

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