La généalogie de nos villages

Suite au rapport Durham, près de 500 municipalités furent créées par l’adoption de la loi intitulée «L’Acte des Municipalités et des Chemins du Bas Canada». Après quelques tentatives au Saguenay, on voit s’ériger, en mai 1863, dans notre future Haute-Côte-Nord, deux municipalités : Tadoussac et Escoumains. Leurs territoires, divisés en une multitude de lieux-dits, finiront en une dizaine de municipalités, Essipit incluse.

Les multiples ramures généalogiques des municipalités de la Haute-Côte-Nord.

L’éducation religieuse donne un sens très large au terme «paroisse» qu’on associe à «municipalité», il s’agit pourtant de deux entités distinctes. Une paroisse fait référence à l’église, à un conseil de Fabrique et à son saint patron comme «Saint-Luc de Forestville». Tandis qu’une municipalité réfère à l’aspect civil d’une communauté, aux élus et des infrastructures précises. Sauf que les dates de naissance de nos municipalités ne sont guère représentatives de leur histoire. Si on s’amusait à faire leur généalogie, on constaterait rapidement que des faits et des dates, ça ne dit pas tout, loin de là.

Tadoussac, premier Grand Hôtel, ~1900-1906. On remarquera la première église, détruite par le feu le 16 janvier 1946 – ©Detroit Publishing Co.

Tadoussac : Sa première naissance officielle, le 5 mai 1863, n’est pas à la hauteur de sa richesse historique. Carrefour giratoire des autochtones depuis la nuit des temps; berceau de l’Amérique française, Tadoussac a donc été l’une des premières municipalités de notre MRC. Englobant même quelques hameaux, sur l’autre rive du Saguenay, soit la Rivière-aux-Canards et la Pointe-aux-Alouettes, aujourd’hui Baie-Sainte-Catherine, dans la région de Charlevoix. Malgré tout, sa date de naissance officielle est le 10 octobre 1899.

Sacré-Cœur (sur le Fjord) : Après l’incubation à la rivière Sainte-Marguerite, devenue «Bay Mill» au début du XX e siècle, le peuplement se déploiera sur le «Plateau» à partir de 1860 mais aussi à l’Anse-de-Roche, l’Anse-Creuse ou l’Anse-à-Pierrot, pour ne nommer que les lieux les plus connus. Ce n’est toutefois qu’en 1910 que s’officialisent de véritables infrastructures municipales.

Résidents au moulin Bay Mill en 1910

Les Bergeronnes : Détachées d’Escoumains le 29 juillet 1897, l’unification de trois populations distinctes installées à Bon-Désir, Petites-Bergeronnes et Grandes-Bergeronnes, sera alors connue sous le nom de Bergeronnes. Les vieilles querelles, coulées dans le ciment d’un trottoir paroissial de 1929, s’estompent à l’aube d’un nouveau millénaire. C’est le 29 décembre 1999 que s’épousent enfin «Les» Bergeronnes afin de s’épauler dans les défis à venir.

Les Escoumins : Né «Escoumains», son orthographe surprenant n’a d’égale que l’immensité de son territoire, soit de Bergeronnes à la rivière Bersimis. Après le départ de Bergeronnes, en 1897, qui lui laissa la «Côte Bon-Désir» en souvenir, la municipalité se verra, l’année suivante, amputée de tout le secteur à l’est de la rivière des Petits Escoumins. Fatiguée des mauvais jeux de mots, elle retranche le «a» de son nom en 1957 et se multiplie en s’ajoutant un «Les» le 18 juillet 1987.

Essipit : Après une tentative de cohabitation avec les Innus de Betsiamites (actuel Pessamit), des pressions sont faites auprès du gouvernement pour un territoire en Haute-Côte-Nord. La Couronne, donc le Fédéral, achète, le 23 juillet 1892, des terres déjà occupées par des Montagnais, de Théodore J. Lamontagne, alors le propriétaire de la scierie des Escoumins. C’est le 28 septembre 1994 que la communauté prend le nom d’Essipit.

Pont sur la rivière Romaine dans le canton Iberville, comté de Saguenay. ©L. Martin – 1944, BAnQ Québec E6,S7,SS1,P24068

Longue-Rive : Séparée d’Escoumains en 1898, la municipalité de St-Paul amène avec elle sa Seigneurie et ses hameaux, la «Petite Romaine», «Baie des Bacon», «Pointe à Boisvert» et son centre industriel, Sault-au-Mouton, actif depuis 1860. Née de traits d’union et de séparations en 1998, l’union de ses deux pôles passe même inaperçue pour une génération qui en ignore l’histoire.

Portneuf-sur-Mer : Sa date de naissance ne donne point son âge véritable et on oublie les multiples noms qu’elle porta à travers les siècles. C’est en 1902 que se détache Portneuf et tous les hameaux jusqu’à la rivière Bersimis. On nommera cette entité : «Municipalité des Cantons Unis de Sainte-Anne de Portneuf». Il en sera ainsi pendant plus de 40 ans. Contrairement à ce que l’on croit, sa rivière, longtemps frontière, ne servira jamais à la nommer, elle désignait son bureau de poste. Ensuite, Portneuf oscillera entre sa piété et sa beauté. C’est à plus de 100 ans qu’elle choisira, pour se nommer, son paysage, avec l’espoir de devenir touristique.

Nés de la crise
Se termine ici la Haute-Côte-Nord de nos ancêtres, jusqu’aux années 1930, la route se terminera à la rivière Portneuf. Sur l’autre rive, un long désert où seul l’ancien poste des Islets-Jérémie est habité. Ensuite, il fallait pagayer jusqu’aux rives de la rivière Bersimis, où se trouvait le «Banc des Blancs», habité par quelques familles. C’est la crise économique de 1929 qui donnera naissance à de multiples petits hameaux à l’est de la rivière Portneuf. Entre 1931 et 1935, c’est principalement les villages de Sacré-Cœur, St-Paul-du-Nord et Portneuf qui se dépeupleront au profit des cantons Laval et Latour.

Forestville : Se souvient-on de sa préhistoire sous le nom de Sault-au-Cochon? C’est d’abord le canton Laval qui se peuplera lors de la migration agricole, provoquée par la crise économique, donnant naissance aux lieux-dits «Paul Baie» et «Baie-Laval». Ce n’est que quelques années plus tard qu’une ville surgira de de la forêt, par la volonté de l’Anglo Canadian Pulp and Paper Mills, à l’automne 1937. Timide pendant la guerre, elle s’épanouira ensuite, malgré quelques divergences avec sa voisine, «Saint-Luc», qu’elle annexera en 1980.

Colombier : Tout au bout de la MRC, comme le résumé d’un livre, ce village raconte à lui seul l’épopée de la colonisation de notre Haute-Côte-Nord. Un poste de traite : les Ilets-Jérémie. Un lieu né d’une scierie : le «Banc des Blancs» ou «Moulin Bersimis». Des lieux-dits, nés de la crise de 1929 : «Canton Latour» qui deviendra «Saint-Marc», «Cap Colombier» et «Rivière Blanche». On comprendra que la date de naissance de la municipalité, en janvier 1946, n’est que poudre aux yeux pour qui sait reconnaître la valeur des lieux.

 

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1 commentaire sur “La généalogie de nos villages

  1. Claude Pineault

    En 1938 mon père avait un lot de colonisation à Colombier à quelques arpents de l`église, il a laissé ce lot à mon oncle Boudreau pour revenir à Sacré-Coeur.
    En 1942-1943 mon père avait un moulin à scie à l’entrée de Forestville, un peu en forêt face à la maison de M. François Desbiens.

    Côté vers Portneuf
    Dans ces années là il n’y avait pas de ponts sur les rivières de Port-neuf ni de Forestville, il serait intéressant de savoir les dates de la construction de ces ponts.
    Pour traverser les rivières ce sont des chevaux l’un de chaque côté de la rivière qui tiraient sur des câbles pour traverser le chaland.
    Claude Pineault

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