Jordan/Jourdain, les faits, rien que les faits

Cauchemar des généalogistes : Le chaînon manquant. Le document, inexistant ou introuvable, qui prouverait, hors de tout doute, la filiation d’un individu. Les Jourdain font partis de ces familles dont l’ascendance demeure une énigme.

Mais de quel Jourdain parle-t-on? Sur la Côte-Nord, nous avons deux familles Jourdain. Certains ont même décidé, au siècle dernier, de les apparenter. Comme quoi tout est possible en généalogie nord-côtière où le douteux côtoie souvent l’improbable. Allons ensemble sur la trace des Jordan-Jourdain de la Côte-Nord et pour une rare fois, on ne trouvera pas le fin mot de l’histoire, je vous assure.

Les Jordan et les Jourdain
Nous avons deux familles, impossibles à relier. Celle de Charles Jordan, dont les descendants deviendront des Jourdain, cantonné à l’Est du territoire et celle de Jean-Baptiste Jourdain, basée à Sacré-Coeur en Haute-Côte-Nord. Dans les deux cas nous avons la même problématique : L’absence de mariage afin de remonter la filiation.

Les Jordan et Jourdain de la Côte-Nord.


Jordan, les faits, rien que les faits.
Charles Jordan Sr., né vers 1791 (C), selon les documents de la Compagnie de la Baie d’Hudson, serait originaire de  «Terrebonne/Malbay» (A). Tous les Québécois liront qu’il est originaire de «Terrebonne, Lanaudière/La Malbaie, Charlevoix». Un citoyen du monde pourrait aussi dire qu’il est originaire de la paroisse de «Terrebonne, Louisiane / Malbaie, Gaspésie». Pourquoi pas?

D’abord employé de la Compagnie du Nord-Ouest et ensuite de la Compagnie de la Baie d’Hudson vu la fusion de 1821 (B). Ce Charles aura trois enfants de sa conjointe autochtone, Agnès Siméon. Il la délaissera vraisemblablement vu son décès à Québec en 1847 et son inhumation à l’église presbytérienne Chalmer’s Church, alors qu’on le dit âgé «d’environ cinquante-neuf ans» («about fifty nine»), ce qui porterait sa naissance vers 1788.

Résumé des postes occupés par Charles Jordan Sr à la compagnie de la Baie d’Hudson.

Les trois enfants né de sa concubine Agnès Siméon :
Charles Jr, vers 1812, selon le document de la Compagnie de la Baie d’Hudson.
Alexandre, que l’on dit mineur à son mariage avec Thérèse Marc le 15/07/1839, donc né après 07/1818.
Agnès, que l’on dit mineur à son mariage avec François Poulin le 31/10/1839, donc née après 10/1818.


Jourdain, les faits, rien que les faits.
La première mention (probable) de Jean-Baptiste Jourdain dans la région est le 15 mai 1800, à Mingan, où il est cité comme témoin lors de la sépulture de Michel Gaboury, décédé en octobre précédent et inhumé en l’absence du missionnaire. Deux ans plus tard, en mai 1802, il réapparaît, aux registres du missionnaire Le Courtois, au Poste de traite de Portneuf, où il est mentionné comme parrain lors du baptême d’un autochtone. Fait à souligner, il est rare qu’un blanc soit parrain pour un enfant amérindien.  On retrouve son engagement, comme tonnelier, en 1802 et 1807, possiblement pour la Compagnie du Nord-Ouest. Une fois pour Alexandre Fraser et l’autre par Angus Shaw, commis au poste de Portneuf. Ensuite, plus rien.

C’est seulement bien des années plus tard, soit en 1837, que l’on retrouve son engagement pour la Compagnie de La Baie d’Hudson. Il est engagé, comme Post Master, donc comme commis au poste de la Baie-des-Esquimaux entre 1837 et 1842 (B) on le dit alors né en 1782 (C). Ce Jourdain est dit né dans la paroisse Canada (A), un fascinant détail.

Fiche de Jean-Baptiste Jourdain à la compagnie de la Baie d’Hudson.

C’est le 13 mai 1843 que Jourdain est à nouveau signalé en Haute-Côte-Nord, lorsque le missionnaire Pouliot de Grande-Baie mentionne avoir baptisé Charles, fils de Jean-Baptiste Jourdain et Marie Landsay demeurant à la rivière Ste-Marguerite. La particularité de ce baptême : l’enfant est âgé de 12 ans. Cinq mois plus tard, le 25 octobre, le même missionnaire baptise Sara, âgée de 9 ans et son frère, William, âgé de 11 ans et demi, tous les deux enfants du même couple. Où était tout ce monde pour n’avoir point vu de missionnaire depuis tout ce temps?


Les Fils de Jacob Jordan?
Les recherches sur Jean-Baptiste Jourdain semblent peu fréquentes. Par contre, les informations contradictoires sur Charles Jordan n’ont d’égales que l’impossibilité du mythe concernant ses origines. Voyons la «pseudo-légende Jordannienne» circulant depuis «on ne sait quand mais on s’en doute». Selon cette fable, Charles Jordan et Jean-Baptiste Jourdain seraient les fils de Jacob Jordan et Ann Livingston. Cette affirmation provient d’un texte, non signé, du journal La Côte-Nord, datant des années post-création de la SHCN.

Avant tout, il faudrait savoir qui est Jacob Jordan. Allons-y en quelques lignes :
Jacob Jordan (1741-1796), marchand, seigneur de Terrebonne et député à la chambre d’Assemblée, né en Angleterre le 19 septembre 1741; il épousa à Montréal, le 21 novembre 1767, Ann Livingston qui donna naissance à dix enfants. Il épouse, en secondes noces, le 2 novembre 1792, à Montréal, Marie-Anne Raby, dont il aura un fils. (Voir la fiche de Jacob Jordan sur le Dictionnaire biographique du Canada)

Les familles de Jacob Jordan, issues de deux unions.

C’est de son premier mariage que seraient nés Charles et Jean-Baptiste? Fort probablement. Le seul problème : il n’y a pas de fils prénommé Charles ou Jean-Baptiste. L’autre problème? On connait le destin de tous ses enfants, tous… On parle ici d’un notable, d’un député à la Chambre d’Assemblée du Canada, non d’un cultivateur installé dans le fond d’un rang de la Seigneurie de Terrebonne. La preuve? Un livre de Francis-Joseph Audet, intitulé Les députés au premier Parlement du Bas-Canada (1792-1796), retrace la vie de Jacob Jordan et dresse une biographie de chacun de ses enfants… aucun ne se prénomme Charles et encore moins Jean-Baptiste.

Cependant, n’écoutant que leur courage de se trouver un ancêtre, certaines personnes ont décidé que le fils, baptisé John Dudley, en mai 1775, était Jean-Baptiste Jourdain. Malheureusement le destin de ce John Dudley est connu, il ne s’agit point de Jean-Baptiste.

Alors? N’écoutant que leur envie de raccrocher leur ancêtre, certaines personnes ont décidé que Charles Jordan devait être le petit-fils de Jacob Jourdain (oui, oui! Jourdain!) et Ann Livingston; soit le fils de Jacob fils et Catherine Grant. Or, selon le livre Les députés au premier Parlement du Bas-Canada : «Jacob Jordan mourut en Angleterre en 1829, ne laissant qu’un fils, Jacob, né en 1801, officier dans le 60e régiment de ligne de Sa Majesté, décédé célibataire à Fulham, près de Londres, le 27 janvier 1850. Une fille, Catherine, née à Terrebonne, le 9 août 1803, mourut trois jours après.» (p.289)

Voir les pages concernant les Jordan dans le livre  Les députés au premier Parlement du Bas-Canada (1792-1796).

Donc? N’écoutant que leur profond désir de rallonger leur arbre, certains ont affirmé que Charles avait été répudié pour s’être acoquiné avec une Autochtone!

Son père, Jacob, avait tellement le bras long, qu’il demanda au Ministre du culte protestant d’effacer l’inscription du baptême de son fils, né après le décès de son épouse. Ah oui! C’est vrai! Car Charles Jordan serait né en 1791 selon les documents officiels de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Ann Livingston est décédée en 1788.

Dernier point, On affirme que Charles Jordan est ÉcossaisJacob Jordan est né en Angleterre.

 

La vérité, elle est où?
Quel est le fin mot de l’histoire?
D’où arrivaient Jordan et Jourdain?
Sommes-nous devant un cas, et même deux, de génération spontanée?

A vous la parole! Mais avec des faits, rien que des faits, s.v.p.

 

 

 

 



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14 commentaires sur “Jordan/Jourdain, les faits, rien que les faits

  1. Esther Ross

    J’adore votre style!
    Les tests d’ADN gérés par Familytreedna.com permettraient à tout le moins de savoir si les Jourdain et les Jordan sont apparentés. Je ne parle pas ici des tests qu’ancestry.ca annonce à la télévision.

    Répondre
    1. Fin Mot Auteur(e)

      Merci pour les bons mots.
      Pourquoi pas les tests d’Ancestry? Eux aussi peuvent indiquer la parenté entre deux personnes.

      Répondre
      1. Esther Ross

        L’intérêt des tests d’ancestry se limite à découvrir de la parenté si on a été soi-même adopté. Autrement, c’est très peu utile. Ancestry offre les tests dits « autosomal ». Familytreedna offre toute une gamme de tests portant sur des marqueurs de l’adn.

  2. Raymond Jourdain

    La recherche sur mon ancêtre a débuté en 1964 avec l’institut Drouin à la demande de mon grand-père Edgar. Plus tard j’ai découvert plusieurs erreurs commis par Drouin. Dans ma recherche, j’ai fait venir ces mêmes documents de la HBC. J’ai aussi fait venir de l’information de la Scotland Bank sur Jacob Jordan parce qu’il était un employé de la Drummond & Fudlyer Bank. (La lois de timbre) Jacob Jordan parlait et écrivait bien le français..,
    Se pourrait-il qu’il soit un Huguenot? En 1741 l’Ecosse faisait partie de l’Angleterre.

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    1. Fin Mot Auteur(e)

      Un Écossais se disant Anglais? Très peu probable, non? Mais je ne suis pas très spécialiste en la matière, je m’abstiendrai.

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    1. Fin Mot Auteur(e)

      On fait erreur sur le lieu de naissance de Charles Jordan. Il n’est pas né à Bergeronnes mais à la rivière Ste-Marguerite dans le secteur de Sept-îles
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Rivière_Sainte-Marguerite_(Sept-Îles)
      Il suffit de lire la page entière du registres pour comprendre que le missionnaire n’était pas en Haute-Côte-Nord.

      (J’ai fait erreur, c’est le baptême d’un petit-fils de Jordan qui se déroule à Ste-Marguerite)

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  3. Robert Jourdain

    Très intéressant ce texte, et aussi très intrigant… j’ai essayé de remonter la lignée des Jourdain de Sacré-coeur, près de Tadoussac, les Jourdain de Saint-Marguerite, mais j’ai rien trouvé qui nous relie avec les Jourdain (Charles Jordan) … une question? Est-ce que cela se peut que les missionnaires du temps ont décider de franciser le nom Jordan pour Jourdain ? Charles Jordan , marié a Geneviève Bilodeau ont eu 3 enfants : Charles , James et Adéline, tous baptisé Jourdain

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    1. Fin Mot Auteur(e)

      Effectivement, rien ne nous permet de relier les Jourdain de Sacré-Coeur avec les Jordan plus à l’Est.
      Oui, les missionnaires avaient souvent cette manie de franciser les noms ou de les orthographier différement. On peut voir que ce n’est pas le cas de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui fait la différence entre les patronyme de Charles Jordan et Jean-Baptiste Jourdain.

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