Faire naître une région

À l’automne 1837, des hommes de Charlevoix traversent le Saguenay, à la demande de Georges Simpson de la Compagnie de la Baie d’Hudson, afin de venir opérer un moulin à bois à L’Anse à l’Eau. Sous la gouverne de Thomas Simard, plusieurs hommes arrivent avec femme et enfants. On y retrouvera un certain Henri Fortin, accompagné de son épouse, Émilie Simard, sage-femme. Par conséquent, elle devient la première accoucheuse, de souche européenne, connue sur le territoire.

Ce qu’on ignore de l’histoire d’Émilie, c’est que ses sœurs, Quirille et Olive, restées dans Charlevoix, exercent aussi ce métier (non reconnu). Ce qui laisse supposer que ce savoir venait de leur mère, Marie Gamache (1778-1848), elle-même détentrice d’un savoir ancestral. Émilie communiqua, à son tour, sa science à au moins deux de ses filles soit Marie-Louise (Pascal Émond) et Sophie (Dosithée Gagnon). C’est d’ailleurs ce qui fascine : cette transmission d’une science exclusivement féminine.

Profession : Sage-femme
Dans ce rude environnement du début de nos villages, les connaissances de nos accoucheuses s’étendent même au-delà de l’enfantement et des «maladies de femme». Nécessité oblige en ces années sans médecin et infirmière à proximité, elles connaissent aussi les vertus médicinales des plantes et certaines ont même des connaissances en anatomie. Dans un pays où la vie d’une mère en couche ne tient qu’à peu de chose, en regard de la religion, le savoir d’une sage-femme sauve des vies et épargne bien des souffrances. Dans les registres de paroisses, nous voyons, occasionnellement, des mentions de dames ayant ondoyé des bébés naissants en danger de mort. Seules les sages-femmes peuvent poser ce geste, habituellement dévolu aux hommes en l’absence du prêtre. C’est pourquoi on exige un certificat de «bonnes mœurs » pour les laisser pratiquer leur art.

La Capuche
Toujours pressée, notre sage-femme se coiffe rapidement d’une «capuche» afin de se rendre où sa présence est requise, ce qui explique son surnom. Chaque petit hameau a sa «capuche», sinon, on fait appel à celle du village voisin. Que l’on parle du peuplement de la rivière Sainte-Marguerite au XIXe siècle ou celui de Colombier au temps de la crise, les noms de plusieurs d’entre elles sont parvenus jusqu’à nous. Jusqu’à l’arrivée des «gardes» et l’ouverture des dispensaires, les sages-femmes se promèneront à travers le territoire. Elles demeurent parfois plusieurs jours chez la parturiente en attente de l’heureux événement.

Nous pouvons ainsi dresser une liste plus ou moins complète de ces femmes ayant exercé cette profession. Comme il est rare qu’une célibataire devienne «accoucheuse», on suppose qu’elles commencent à exercer leur «activité» à la naissance d’un premier enfant. Il est évident que les dames plus âgées ne courraient plus les chemins pour aider aux accouchements. Par contre, on note parfois leur présence lors de la délivrance de leur fille, bru ou petite-fille. On sait que plusieurs continuerons à former la relève, donc nous étendrons leur carrière jusqu’à leur décès.

Joëlle Pierre, dans son livre sur l’histoire de Tadoussac, mentionne quelques sages-femmes, sans qu’on puisse les identifier hors de tout doute. Il faut comprendre que le village dispose d’un médecin dès 1893, sans compter les villégiateurs anglophones. Toutefois, la proximité des accoucheuses de Sacré-Cœur comble sûrement le besoin. Pour les autres villages, notre liste est assez complète.

Les «gardes» à la rescousse!
Tranquillement, les infirmières prendront la relève. Nos «gardes», compétentes et indispensables en région isolée, rendront de fiers services et sauveront beaucoup de vies. Nommons Antoinette Petitgrew (Sacré-Cœur), Rita Mailloux (Bergeronnes), Claire Lacoursière (Les Escoumins), Anita Lavoie (Sault-au-Mouton), Noëlla Gingras, Magella Bastille et Clarisse Miller (Portneuf-sur-Mer), sans oublier la précieuse garde Gertrude Richard (Colombier).

Les sages-femmes de la Haute-Côte-Nord :
(Liste non exhaustive, naturellement)
NOTEZ : Les années supposent, approximativement, les années de leur pratique comme sage-femme.

Tadoussac
1885-1936 : Julie Hovington (Achille Boulianne)
Notons aussi : Marie Brisson, Anne Dallaire et Yvonne Tremblay.

Sacré-Coeur
1886-1934 : Marie-Rosalie Dubé (William Tremblay)
1906-1954 : Lydia Brisson (Théophile Gauthier)
1913-1952 : Diana Houde (Georges Hovington)

Bergeronnes
1875-1949 : Brigitte Desbiens (François Boulianne)
1905-1965 : Arsène Michaud (Jean Gauthier)

Escoumins
1850-1894 : Marie Roy (Louis Boissonneault)
1889-1934 : Claudia Hovington (Johnny Létourneau)
1905-1918 : Eulalie Beaudin (Pierre Corbey)

St-Paul-du-Nord
1850-1916 : Sophie Fortin (Dosithée Gagnon)
1884-1949 : Marie Tremblay (Pierre Martel)
1893-1950 : Maria Barrette (Léon Michaud)
1899-1963 : Elmina Martel (François Tremblay)

Portneuf
1826-1893 : Émilie Simard (Henri Fortin)
1864-1920 : Marie-Louise Fortin (Pascal Emond)
1880-1939 : Olive Gagné (Alphée Fortin)

Canton Latour
1904-1937 : Caroline Savard (Joseph Tremblay)

 

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