Et si on parlait marin?

La colonisation et le développement de la Haute-Côte-Nord – comme en Gaspésie et le reste de la Côte –  depuis les tous débuts, prend sa source dans le fleuve St-Laurent et ses rivières. Les Première Nations, explorateurs, trappeurs, commis de poste et par la suite, les entrepreneurs, contracteurs, bûcherons et leurs familles accèderont à notre «pays» par les voies d’eau.  La navigation n’aura pas seulement «donné d’l’ouvrage» à nos gens, l’embarcation, sous toutes ses formes – chaloupe, goélettes et autres – leur permet de croître et prospérer. Nous aurons même des témoignages sur l’utilisation de chaloupe, pour se déplacer dans les villages, jusqu’aux années 1940.

Parler marin
Et, sans le savoir, nous parlons marin, le saviez-vous? Nous ne sommes naturellement pas les seuls «dépositaires» de ces expressions, plusieurs autres villages côtiers les utilisent. De plus, avec l’exode des populations vers les villes, le «parler marin» s’est répandu. Vous serez donc surpris de retrouver autant d’expressions liés au milieu maritime dans notre «franc parler».

Portneuf-sur-Mer, décennie 1950. Au premier-plan, les installations de la «Consol» et le «quai de fer», en face, une goélette accostée au quai du gouvernement; au loin, sur le banc de sable, le phare et ses dépendances. Difficile de ne pas «parler marin» dans un tel décor! ©Photo Konrad/Feu Clément Emond.

Embarquez avec moi!
C’est aujourd’hui que ça m’adonne de vous embarquer dans cette galère linguistique! «Grayez-vous» d’humour et lâcher du lest, m’en va vous promener sur les côtes de notre belle parlure! Comme pourrait dire cette chère Valérie!

Abords : «Alentours d’un lieu maritime.» Par extension, on parle aussi du bord d’un navire : Être le seul maître à bord, être du bon bord ou faire avec les moyens du bord! Par chez-nous, les bords et abords ne sont pas tous au bord du fleuve, on en conviendra.

À Tadoussac, maisons aux abords du fleuve, elles parlent marin, n’en doutons point. ©Musée McCord

Adonner : «Rotation du vent de l’avant vers l’arrière. Le vent adonne lorsqu’il devient plus favorable pour la route idéale du voilier.» Ça devait être une personne ben d’adon qui a donné naissance à l’expression.

Affaler : «Action de descendre une voile.» Y’avait pas vu nos ados affalés sur le divan pour donner une telle définition.

Agrès : «Ce qui sert à la manœuvre d’un navire (câbles, vergues, voiles, etc.)». Pendant ce temps, dans nos villages, y’a parfois des «agrès», disons des individus sans vernis, afin de rester poli!

Balancine : «Cordage partant du haut d’un mât et servant à soutenir la bôme ou une vergue dans sa position au repos». Ah ben! Nos ancêtres ramassaient-ils les vieux cordages de navires pour faire «balancigner» les enfants sur une balançoire faite d’un vieux bout de planche?

Futures «balancignes» au pied de ceux qui parlaient marins, sans aucun doute. À droite, Charles Bélanger (fils) avec deux inconnus. ©Lyne Roussel

Bourlinguer : «Peut-être de boulingue, petite voile». Avoir une vie aventureuse; voyager beaucoup.

Branle-bas de combat : «Les branles désignaient les hamacs qui faisaient office de lits aux marins. Le branle-bas correspondait à un signal émis sur le navire le matin, et suite auquel chacun devait décrocher son hamac et nettoyer le bateau.» Celle-là, je ne l’avais pas vu venir!

Grappin : «Petit ancre repliable.» N’importe quel crochet peut devenir un grappin chez nous! On peut aussi mettre le grappin sur un beau gars, une belle fille ou un «agrès»?!

Gréer (grayer en Haute-Côte-Nord): «Garnir un voilier de son gréement». On est «grayer de parlure», n’est-ce pas? Surtout quand on sait qu’un «grement» n’est pas très recommandable!

La «Thérèse du Nord» avant qu’elle soit garnie de son gréement, à son bord, de belles jeunesses bergeronnaises, essayant de se mettre le grappin dessus? Construite en 1933, à Bergeronnes, la «Petite Thérèse» appartenait à Omer Gagnon. ©Geneviève Larouche.

Haler : «Remorquer un bâtiment le long d’une voie navigable ou d’un quai à l’aide d’un câble ou d’un cordage, à partir de la berge.» Avez-vous déjà déménagé avec un Beauceron? Si vous lui dites : «Hales le meuble!» Vous resterez longtemps avec la charge, je vous assure! Ailleurs, on ne hale pas, on tire!

Radouber : «Le radoub est le passage en cale sèche ou forme de radoub d’un navire pour l’entretien ou la réparation de la coque.» Pourtant, nos grands-mères et même certaines personnes, encore de nos jours, procèdent à des radoubs, c’est-à-dire des réparations ou le grand ménage d’une maison.

Dès que le printemps s’annonce, les marins débutent les radoubs sur leur navire afin d’être fin prêt pour l’ouverture de la navigation. ©BanQ

Virer de bord : «tourner le bateau de façon à ce que le vent vienne sur l’autre bord.» En Haute-Côte-Nord on ne rebrousse pas chemin, on vire de bord!

Encore?
Monter et descendre : N’oublions jamais que l’on monte à Québec et on descend à Baie-Comeau! Mais pourquoi? Il s’agit d’une «allusion aux voyageurs d’autrefois qui devaient monter ou descendre le courant d’une rivière pour arriver à destination.» Nous remontons et descendons le courant du fleuve.

Embarquer :«Monter à bord d’un navire.» Et on embarque dans de notre voiture! Naturellement on en débarque aussi. Débarquer: «Faire descendre à terre les passagers d’un navire.»

Avec les goélettes à fond plat qui s’échouent facilement sur les battures, on embarque/débarque plus aisément gens et marchandises. Baie des Escoumins vers 1920. ©Municipalité des Escoumins.

Et encore?
On peut penser aux expressions venant du vent ou de l’eau?
Être dans le vent
Le vent tourne
Être dans le creux de la vague
Se remettre à flot
?

Comme j’ai le vent en poupe (arrière d’un navire), ça ne serait pas la mer à boire de poursuivre mais… je crois que vous devriez cesse de naviguer et aller admirer le «chemin qui marche» comme les Premières Nations surnommaient notre magnifique fleuve St-Laurent!

Un "tip" pour l'auteure!?

Il vous suffit de déplacer le curseur afin de choisir le montant du tip!
Paypal est trop complexe?
Vous pouvez faire un virement  INTERAC à l'adresse suivante :
admin@finmot.net
mot de passe : histoire
Vers la droite, ça coûte plus cher!
C'est généreux!
C'est cher pour un texte, non?
Vous êtes certain?
Ben coudon!
Thank you very much !

Pssst!
La langue française, si belle et si précieuse, demeure néanmoins ardue à écrire. Si vous voyez des fautes, s.v.p., ne vous gênez pas de commenter afin de les souligner. Merci!

4 commentaires sur “Et si on parlait marin?

  1. Jean Moreau

    Vos articles sont toujours d’adon mais on sait tous que vous êtes ben grayée de vocabulaire et d’Histoire pour nous hâler dans l’imaginaire. Merci encore et toujours.

    Répondre
    1. Georgette Pineault

      Oui on sait reconnaître les gens de la côte nord par leurs parlottes, mais on s’on balances-tu. Ce n’est pas une honte. On nous comprends quand même.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *