La traverse du Saguenay, en plein brouillard (1924-1938)

 

Toujours sous la juridiction du Fédéral, deux navires se succèderont afin d’offrir un service régulier de 1924 à 1930. L’arrivée au pouvoir de Richard Bennett, le 7 août 1930, nous relèguera dans l’opposition et freinera le développement du service pour les cinq années suivantes. L’ère de Duplessis, qualifiée de «Grande noirceur», dissipera pourtant un long brouillard pour la traverse du Saguenay.

 

(1924-1927) L’ÉMÉRILLON :
À la lumière des entrefilets trouvés, on doit conclure que ce traversier était un petit «yacht à essence».
 «[…] Nous voilà complètement isolés. Il ne nous reste que la traverse de la rivière Saguenay en yacht à essence et ensuite le trajet de la Malbaie : le seul moyen de sortir d’ici. » (La Presse, 14/12/1925). La grosseur du navire explique son absence d’enregistrement au gouvernement.

Si aucune image ne semble exister pour L’Émérillon, sa constance ne se dément pas. ©BanQ

(1927-1930) Le PIXIE B. (ON 142082) :
Au rapport annuel de 1927-1928 du Fédéral, on rapporte : «Le service entre la Baie Ste-Catherine et Tadoussac, accompli auparavant par M. E. O. Bouliane, a été confié le 16 mai 1927 à M. J. C. Tremblay, de Tadoussac, qui se sert du navire à moteur PIXIE B. Le montant total payé pour toutes les subventions, toutefois, a été de $164,408.16 inférieur à celui de l’année précédente.» L’information apparaît dans la rubrique : «Subventions postales et commerciales aux navires» du gouvernement fédéral. Le capitaine, un certain Jos Deschênes, n’a probablement pas fini de faire parler de lui dans l’histoire de la traverse du Saguenay.

Enregistrement du Pixie B. aux registres des navires canadiens.

En 1929-1930, toujours dans la rubrique «Subventions au service postal et aux paquebots», une subvention du Fédéral de $4,663.27 est accordée à Jean-Claude Tremblay, pour le service d’une traverse d’hiver. Il offre deux allers retours par jour (sauf le dimanche). En 1930, on lui accorde 5,000$, pour 706 traversées, soit 1,600$ de moins que les coûts engendrés par les réparations au quai juste pour cette année-là.

Deux points d’intérêt sur cette photo. Au-dessus du point blanc, une rare photo du Pixie B. et sous le point noir, une pêche à la fascine. Source : Albert Hemond, ingénieur de la voirie pour le Saguenay.

Ce petit remorqueur, que certains traitent de «chaloupe», parvient à faire traverser les rares automobiles en les trainant sur un chaland. À ce moment, le trafic automobile n’est point important, on compte possiblement autour de 10,000 véhicules dans la province.

Sur cette carte routière de 1930, on aperçoit clairement la route 15 qui s’arrête à Baie-Ste-Catherine. Une fois passé le Saguenay, la route est en construction. À la sortie des Escoumins, nous nous retrouvons alors sur une «route de première classe non améliorée», comprendre un «ch’min de gravelle», jusqu’à la rivière Portneuf. Ensuite? Juste une route projetée.

Carte routière de 1930, on aperçoit clairement la route 15 qui s’arrête à Baie-Ste-Catherine. Source : Collection personnelle de l’auteure.

(1930-1937) Brouillard sur le Saguenay
À partir de ce point, la référence principale, soit les publications annuelles du Gouvernement du Canada, se raréfie. En surplus, les journaux d’époque ne sont pas très bavards concernant le traversier. Nous avons donc un trou de quelques années à combler. Comme par hasard, ce trou correspond à l’élection de Richard Bennett à Ottawa qui nous place dans l’opposition. Les activités sur le Saguenay n’ont plus le vent dans les voiles. On parvient quand même à saisir quelques détails à travers le brouillard.

(193?-1938) La N.B.T. (ON ??????) :
Construite en 1930 par Armand Imbeau, dans la cale-sèche de Tadoussac, pour le compte de Noël Brisson. Cette goélette de 75 pieds, jaugeant 78 tonneaux servira de traversier pendant la décennie 1930. Les dates exactes de sa mise en service ne sont pas connues mais on la sait active jusqu’en 1938. Reste à déterminer si on l’utilisait à l’année ou seulement en hiver comme la Malbaie Transport quelques années plus tard. Ce qui est fort probable.

1931 : Le Quai de Baie-Ste-Catherine
C’est particulièrement le quai de Baie-Ste-Catherine qui fait jaser. On comprendra que les $25,000, votés par le gouvernement de Mackenzie King, poussés par le député Casgrain, disparaissent avec l’élection du Conservateur Bennett.

Le Progrès du Saguenay, 8 août 1931 – ©BanQ

1933, horaire estivale de la traverse
On recommande de ne pas faire le trajet Québec-Baie-Ste-Catherine, mais d’emprunter la traverse Rivière-du-Loup–St-Siméon–Tadoussac. Pour l’horaire, départ de Tadoussac à 8:00 et 13:30. Départ de Baie-Ste-Catherine à 9:00 et 14:30. On ne mentionne pas si le service est offert aussi la fin de semaine.

1934, les tarifs de la traverse
Rien n’est gratuit, surtout pas la traverse du Saguenay. Noliser le traversier peut coûter $5,00, ce qui revient aujourd’hui à près de $95.00.

En 1934, le bateau ne voyage que deux mois et demi par année?

1935, les subsides du gouvernement
On ignore quel navire est utilisé mais traversier il y a car le gouvernement accorde des subsides.

1935, $2,558.26 accordé pour la traverse sur le Saguenay

1936, la Chambre de Commerce
En octobre 1936, aux Escoumins, «un groupe de citoyens du district ont jeté les bases d’une Chambre de Commerce». Fondée «pour la défense des intérêts publics de la région» (Le Soleil, 31/10/1936), elle compte des représentants de tous les villages entre Tadoussac et Portneuf-sur-Mer.
Dès la première année, on met sur la table d’urgent problèmes à solutionner, pratiquement tous reliés au désenclavement de la région : «améliorations des services publics d’hiver tel que service d’aéroplane et de bateau à périodes rapprochées; amélioration des services postaux; ouverture dans le plus court délai possible des routes Chicoutimi-Tadoussac et Baie-Comeau-Portneuf; amélioration et baisse des tarifs du service de traverse par bateau entre Baie-Ste-Catherine et Tadoussac; amélioration ou baisse des tarifs du téléphone, etc., […]»

Mobilisation pour désenclaver la région. Journal Le Soleil, 31 octobre 1936. (Source : BanQ).

Moins d’un mois plus tard, le sujet de la traverse du Saguenay est abordé :

Journal L’Action Catholique, 28 novembre 1936. (Source : BanQ).

Vint Duplessis
En août 1936, après 39 années consécutives de règne libéral à Québec, Duplessis est porté au pouvoir.

L’heure sera bientôt aux changements? Progrès du Saguenay, 9 décembre 1937, source : BanQL’heure sera bientôt aux changements? Progrès du Saguenay, 9 décembre 1937, source : BanQ

La vision  «rurale» du «Cheuf» favorise le développement des régions. En avril 1938, on vote le « Bill 98 » : «Loi assurant des facilité de communication au bénéfice de la population du nord-est de la province».

Et le financement de la traverse sur le Saguenay devient de juridiction provinciale…

Première subvention provinciale pour la traverse du Saguenay. Journal Le Devoir, 8 avril 1938, source : BanQ

Même si le brouillard sur le Saguenay se dissipe, afin de faire apparaître un traversier plus moderne, il reste encore bien des vagues à essuyer.

Magnifique photo du JACQUES-CARTIER dans le brouillard. Source : Mme Odile Dufour de Baie-Ste-Catherine.

À suivre dans un 4e volet :
La traverse du Saguenay, vers la modernité (1938-1958)

Nota bene
Cette série de chroniques se veut un premier débroussaillage sur l’histoire des traverses sur le Saguenay. Les spécialistes dénonceront le manque de profondeur; les Charlevoisiens, la vision uniquement nord-côtière et les gens de la place l’absence de références généalogiques.
Tous auront raison car :
– L’histoire de la traverse pourrait remplir un ou deux livres tellement on y trouve de rebondissements et de faits incroyables.
– Que ce soit en 1919 ou en 2019, le combat est toujours le même : Sortir la Côte-Nord de son isolement.
– Identifier chacun des acteurs de l’histoire du traversier demanderait autant d’effort que d’identifier les traversiers. Or, si je compte les heures passées à refaire cette chronologie, on arrive à plusieurs mois de travail.

 

 

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2 comments on “La traverse du Saguenay, en plein brouillard (1924-1938)

  1. Jean Hémond

    La photo dont vous cherchez la source provient de l’album photo de mon père. Ingénieur pour la Voirie à Métabetchouan, Roberval il couvrait tout le Lac Saint Jean puis tout le nord Est du Québec la route vers Natasquan fut l’une de ses réalisations. Jean Hémond Albert hemondHemond

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