Durand, l’fils à son père?

La première mention du nom Durand, en Haute-Côte-Nord, apparait timidement, aux registres de Tadoussac en 1884. Le prêtre inscrit la sépulture de «Louis Guénard (Durant)», fils de «Louis Guénard (Durant) et de Marie Alphonsine Boivin» décédé le 18 juin à la rivière St-Marguerite, près de Sacré-Coeur.

Moins de trois semaines plus tard, le même Louis Guénard porte un fils sur les fonts baptismaux, le prêtre passe sous silence le «Durant» de son nom. L’été suivant, le curé de Sacré-Coeur inscrit le baptême d’un autre fils sous le nom de Guénard dit Durant. Finalement, on oubliera totalement (ou presque) le nom de Guénard par la suite afin de prioriser le nom Durand. Mais à qui, à quoi, Louis Guénard dit Durand doit-il ses deux patronymes?

Le Durand en question
Louis Guénard dit Durand est le fils de Jean Guénard et Léocadie Simard. Jean Guénard décède à l’âge de 25 ans, laissant une veuve et trois jeunes enfants âgés de un, trois et six ans. Un an après son décès, Léocadie épousera Joseph Durand, fils de Joseph et Josephte Savard. Il a 28 ans lorsqu’il épouse la veuve de Guénard, le 7 mars 1848, à Grande-Baie. Comme précisé plus haut, trois enfants sont déposés dans la corbeille de mariage : Priscille, Thomas et Louis.

Lors des mariages des deux fils Guénard, Thomas et Louis, en 1864 et 1865, Léocadie est dite de Grande-Baie. Par la suite, on apprend qu’elle et son deuxième époux partent vers les États-Unis. Selon le recensement américain de 1900, le couple aura migré vers le Maine dès 1868 pour finalement se fixer à Red Lake Falls, au Minnesota. Joseph Durand aura toutefois eu le temps de léguer son nom à la fratrie Guénard. Les garçons donneront ce patronyme à leurs enfants tout en gardant, eux, le nom Guénard associé à Durand.

Première génération

L’fun commence!
Maintenant que nous comprenons d’où arrive le Durand, il faut remonter la filiation afin d’avoir l’arbre véritable de nos Guénard. Et, permettez-moi l’expression : «C’est là que l’fun commence!»

D’abord, trouver le baptême d’un Jean Guénard s’avère impossible. On comprend qu’il est le fils d’un Joseph et d’une Marguerite Morin. Or, ce couple n’existe pas. Par contre, nous retrouvons Joseph Léonard et Marguerite Morin, en la paroisse de Charlesbourg. En étudiant l’histoire de ce couple, il faut se rendre à l’évidence, il s’agit des parents de Jean… probablement baptisé François-Xavier Léonard. Notre Jean avait plusieurs frères et soeurs. À partir de 1839, les entrées aux registres métamorphosent le nom Léonard en Guénard. Lors des mariages de Jean (en 1839), Joseph (en 1842) et Étienne (en 1869), le père est nommé Guénard. Ils sont dits fils de Joseph Guénard et Marguerite Morin de Charlesbourg, couple inexistant selon toutes les bases de données consultées. Bien enracinée à Charlesbourg, alors une petite bourgade, il ne peut s’agir que de la famille que l’on recherche.

Reconstitution de la famille de Joseph Léonard et Marguerite Morin.

Récapitulons…
Louis Durand a hérité du nom du deuxième époux de sa mère. Toutefois, son nom véritable est Guénard, comme son père, Jean Guénard. Sauf que… Jean Guénard est en fait un Léonard, fils de Joseph Léonard et Marguerite Morin.

Une génération à la fois…

Ça va?
Nous ne sommes pas rendus au bout de nos surprises!
Continuons!

Lorsque Joseph Léonard dit Guénard épouse Marguerite Morin, le 7 janvier 1816, à Charlesbourg, on le dit fils de Joseph Léonard et de Marie Lévesque-Lafrance.

Parents de Joseph

Le mariage de ses parents se retrouve facilement aux registres de la paroisse de Charlesbourg. Cependant, Marie Lévesque-Lafrance est la seconde épouse de Joseph Léonard; on le dit veuf de Françoise Roy. Les noms de ses parents se trouvent donc dans l’acte de ce premier mariage. Naturellement, comme rien n’est simple, on ne retrouve pas l’acte du mariage de Joseph Léonard et de Françoise Roy.

Malgré les fouilles, il ne semble pas y avoir de Joseph Léonard vivant à Charlesbourg. En élargissant la recherche – ou en ouvrant notre esprit à toutes éventualités – nous découvrons une nouvelle dimension à l’histoire avec l’acte de mariage d’un certain Joseph Élie avec Anne Françoise Roy, le 17 février 1749 à Charlesbourg. À la lecture de l’acte de mariage, un détail accroche l’oeil : Joseph Élie est le fils de Léonard Élie et de Marie Jeanne Bourbon.

Joseph Élie à Léonard devenu Joseph Élie à Léonard? Pourquoi pas?! On trouve facilement le baptême d’un dénommé Joseph-Marie Élie, fils de Léonard Élie et Marie-Jeanne Bourbon. Né le 7 octobre 1726 et baptisé en la paroisse de Charlesbourg, comme toujours…

Joseph-Marie Élie dit Léonard, fils de Léonard Élie.

Ça va?
Continuons!

Tout au long de son existence Léonard ÉLIE vivra à Charlesbourg avec sa femme Jeanne Bourbon. Le couple portera huit enfants au baptême, tous sous le nom Élie. Si on veut remonter la lignée, on doit se fier à l’acte de mariage du couple Élie/Bourbon. Selon ce document, en date du 20 novembre 1725, il est le fils de Pierre Hély et Madeleine Jean. Il s’agit du premier Élie en terre d’Amérique et est originaire de Lonzac, Charentes Maritimes.

Récapitulons?!
Nous sommes devant des Élie, dont le nom s’est transformé en Léonard après trois générations. Ce n’est pas un fait isolé, plusieurs familles ont vu leur nom évoluer au fil du temps. La transformation d’Élie en Léonard s’explique. Il est toutefois plus difficile d’expliquer la transition de Léonard à Guénard.

La surprenante ascendance de Louis Guénard dit Durand.

Dans l’acte de mariage de Pierre Élie et Madeleine Jean, on précise qu’il est soldat de la Compagnie de Bouraillan ou de Brouillan. Ces soldats, arrivés au pays en 1687, avait comme mission de «mâter les Iroquois». Plusieurs généalogistes attribuent le surnom Guénard à l’ancêtre Pierre Élie, une probabilité à considérer, même si le surnom n’apparaît jamais dans les registres. Toutefois, jusqu’à la quatrième génération ce nom ne sera point évoqué. PRDH n’en fait nullement mention ni le dictionnaire Tanguay.

Encore une fois, le fin mot de l’histoire nous échappe. Cependant, le mystère s’est éclairci. Nos Durand peuvent donc revendiquer les noms de Durand, Guénard, Léonard et Élie

Pssst!
Retournez à la reconstitution de la famille de Joseph Léonard et Marguerite Morin, on y voit tous les patronymes de nos Durand : Élie, Léonard et Guénard. Ce qui nous conforte dans la surprenante ascendance de Louis Guénard.

 

Partout sur le territoire, les Durand
Louis Guénard dit Durand, accola le patronyme du deuxième époux de sa mère à son nom. Étrangement, ses enfants ne perpétueront pas ce nom mais le « nom dit », comme étant le leur. De ses deux mariages, Louis portera 20 enfants au baptême. Les Durand de la Haute-Côte-Nord sont toutefois issus de sa première union. Les enfants du deuxième lit disparaîtront tous de notre secteur.

Aujourd’hui, on les retrouve sous les noms de Durand, Morneau, Gauthier et plus encore…

 

 

 

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3 comments on “Durand, l’fils à son père?

  1. Karine Martel

    Très intéressant! Encore une belle histoire comme je les aime. Nos aïeux ne se doutaient pas de combien on travaillerait fort pour réussir à renouer les fils qu’ils avaient parfois coupé ou escamoté sans trop de cérémonie. Merci pour la lecture !

    Répondre
  2. Mélanie

    Presque compliqué l’histoire de mes ancêtres!! Haha Est-ce qu’on sait de quel pays on est d’origine? France?
    Merci 🙂

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