Illégitimes en Charlevoix (9) :
Michel Gagnon

 

Michel Gagnon, sera le premier Gagnon à s’établir en notre région vers 1845. Légitimé par une erreur du Père Éloi-Gérard Talbot, une recherche nous amènera à comprendre qu’il n’était point le fils de Michel et Monique Fortin.


Note aux lecteurs : Ce texte n’est pas en lien direct avec les précédents. Cependant, la lecture de quelques-uns d’entre eux aiderait à la compréhension de l’histoire de Michel. Voir l’introduction.


Il n’était pas
Avant de pouvoir dire qui était Michel Gagnon, il faudra expliquer qui il n’était pas. Dans le répertoire «Généalogies des comtés de Charlevoix et Saguenay», le père Éloi-Gérard Talbot attribue, comme parents à Michel, Michel et Monique Fortin (marié en 1816 à Baie-St-Paul). Ce couple porte au baptême un fils prénommé Michel Israël, né le 13 novembre 1816, à Baie-St-Paul. L’acte de mariage de Michel et Ursule Morand étant introuvable, cette filiation s’est propagée car elle semble plausible.

C’est en voulant trouver les décès de Michel (père) et Monique Fortin qu’on découvre une faille à cette filiation. Les registres de Baie-St-Paul contiennent les baptêmes de cinq enfants pour ce couple entre 1816 et 1830. Michel et Monique Fortin se déplacent ensuite à St-Urbain, où un fils décède, en novembre 1830. On porte quatre autres enfants sur les fonts baptismaux, jusqu’au dernier le 13 mai 1836. Ensuite? Silence. La famille disparaît de la circulation. Aucun mariage, aucun décès ne peut être trouvé, ni pour les parents, ni pour les huit enfants qu’ils ont porté au baptême. Un mariage perdu, en l’occurrence celui de Michel et Ursule, demeure possible. Huit mariages et autant d’inhumations oubliés ou perdus, relèverait d’une incroyable malchance. À bout de ressources, un seule solution : Google!

Les Gagnon de Détroit
Une base de données, très bien documentée, relate la présence de la famille Gagnon de Charlevoix à Détroit, dès mars 1837. Impressionnant et surprenant, ils migrent près de 40 ou 50 ans avant le boom migratoire. Michel Gagnon (père), est considéré comme l’un des premiers colons blancs de Leelanau Country (dans le nord-ouest de la péninsule inférieure de l’État de Michigan, sur la rive du lac du même). Avec ses fils : Michel Israël, Samuel, George, Mars(h) et Henry, ils travaillaient dans une fonderie de cuivre. Le couple Michel et Monique, devenue Nina, décèderont à quelques années d’intervalle, Monique/Nina en octobre 1879 et Michel en juin 1882, tous les deux dans l’état du Michigan. (Sépultures de la famille au Mount Elliott Cemetery à Détroit)

Quant à leur fils, baptisé Michel Israël, il ne peut être l’époux d’Ursule Morin. Ce Michel épousera Adelaïde Brunet, le 29 Janvier 1841, à Détroit; de cette union naitra quatre enfants. Dans les registres, on le nomme tantôt Michel, tantôt Israël, ce qui nous confirme son identité (Base de données relatant la présence de Michel Israël Gagnon en terre américaine).

Au même moment, Michel, époux d’Ursule, fait baptiser ses enfants à Tadoussac. Il ne peut s’agir du même homme.

Mais notre Michel Gagnon?
En relevant les baptêmes de ses enfants, on espère un lien, un indice. Rien. Tous les parrains et marraines ne font que confirmer la filiation d’Ursule, très claire d’ailleurs. Surtout grâce aux dispenses du mariage de certaines de ses filles. En plus du mariage, il y a le baptême de l’aînée, Félicité, qui nous échappe. Selon les recensements et son mariage, Félicité voit le jour autour de 1838. Les registres des paroisses sont muets sur le baptême d’une Félicité Gagnon. Toutefois, une surprise nous attend aux registres de La Malbaie, en juillet 1838 :

Baptême de Félicité aux registres de la Malbaie

Tout s’éclaire! Nous voilà repartis avec les Murray! Il suffit maintenant de retrouver le baptême d’un Michel, sans patronyme, né/baptisé vers 1816, possiblement à La Malbaie. En on trouve facilement :

Baptême de Michel Inconnu

Suppositions
Michel, enfant illégitime prend le nom de Gagnon? Pourquoi? Les détails ne mènent à aucun Gagnon. On remarquera le nom du parrain, «Joseph Godreau». Godreau, comme dans l’histoire d’Augustin Murray?

La première enfant, Félicité, vient au monde, à La Malbaie, en juillet 1838, notons le curé en fonction : Zéphirin Lévesque. Lors du baptême, Michel est nommé Murray, comme plusieurs autres illégitimes de la paroisse. Au baptême de Marie Georgianna, deux ans et demi plus tard, c’est maintenant le curé Alexis Bourret qui est en charge de la cure de La Malbaie et hop! Apparaît le nom Gagnon. Ce qui nous fait croire que le curé Lévesque connaissait l’histoire de Michel et refusait l’évidence? Que le curé Bourret, plus conciliant, admettait un fait?

Mais quel fait?

Lors du premier recensement, celui de 1842, où seul le chef de famille est nommé, on dénombre six personnes dans la maison de Michel et Ursule, pourtant, à ce moment, seulement deux enfants sont nées : Félicité et Marie Georgianna. Ce qui doit porter la maisonnée à quatre habitants?

Qui vivait avec eux?

On doit exclure les parents d’Ursule, on les retrouve plus loin au recensement. Le mystère demeure complet.

Seul au monde?
Où et quand le couple se mariera? Une entrée perdue aux registres des Postes du roi? Possible. Un simple acte notarié non mis à jour? Aussi possible. Toutefois, serait-on réellement mieux renseigné si on trouvait l’acte du mariage? Le prêtre aurait écrit, fort probablement : «Michel, garçon majeur, journalier de cette paroisse […]». Un témoin aurait pu nous éclairer par contre. Quoi qu’en épluchant les baptêmes des enfants du couple tous les liens sont en majorité du côté des Morand/Morin et surtout des Savard, famille de la mère d’Ursule. À croire que Michel était vraiment seul au monde.

S’il était seul au monde, il se reprendra d’une belle manière. Michel s’enracinera profondément dans notre région, lui et Ursule donneront naissance à neuf enfants. Les descendants perpétueront le nom particulièrement à Tadoussac et Forestville. Michel décède à Tadoussac, le 28 septembre 1867, il avait célébré ses 52 ans deux semaines plus tôt. Ursule lui survivra pendant 12 ans, elle décède le 9 décembre 1879, elle avait 62 ans.

Les descendants perpétueront le nom particulièrement à Tadoussac et Forestville.

 

 

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1 comment on “Illégitimes en Charlevoix (9) :
Michel Gagnon

  1. Karine Martel

    Mon arrière-arrière-arrière grand-père. J’aimerais bien un jour que ce mystère soit résolu, plutôt que d’avoir un moignon de branche dans mon arbre généalogique. Merci pour les recherches et le partage, c’est grandement apprécié.

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