Illégitimes en Charlevoix (6) :
Augustin & Léon

 

Augustin et Léon Murray, deux «frères» mariés aux deux soeurs? La tentation d’y croire est si forte. Vous en doutez? Suivez-moi à travers les registres dans une fascinante enquête.

Note aux lecteurs : Les textes de ce dossier, résultats de longues recherches généalogiques, peuvent rebuter le lecteur moins familier avec le genre. Débuter par l’introduction afin de comprendre le contexte historique, aidera à une meilleure compréhension des histoires.


Augustin Murray né en dix-huit-cent quelque…

Le baptême d’Augustin est introuvable selon l’âge qu’il donne lors des recensements de 1851 et 1861, il devancerait son épouse, née en octobre 1803, de trois ou quatre ans. À son décès, le 3 août 1870, à Moisie, on le dit âgé de 68 ans, prenons en considération qu’il décède fort loin de chez-lui et que les témoins ne sont point ses proches. Les recensements sont possiblement plus fiables.

À son mariage en 1829, on le nomme «Urbain, journalier de cette paroisse». Le curé, tellement empressé de dévoiler son illégitimité, omet d’indiquer s’il est majeur. Le même prêtre poussera l’exercice jusqu’à baptiser sa fille ainée comme «Marie-Anne, de cette paroisse», transmettant, du coup, la tare de l’illégitimité à une deuxième génération.

Baptême de Marie-Anne Murray

Ensuite, ça se gâte, seul le nom de son épouse nous indique qu’il s’agit toujours du même homme. Dans ce tableau récapitulatif de ses présences aux registres de La Malbaie. On portera attention aux événements de 1839-1840*, naissance des jumelles et décès de l’une d’entre elles :

Actes aux registres de La Malbaie concernant Augustin Murray.

Lors des mariages des enfants, se déroulant tous hors de Charlevoix, les enfants, ainsi qu’Augustin utilisent le nom Murray. Mais pourquoi?  Était-il réellement un Murray ou baptisé ainsi en l’honneur du gouverneur James Murray?

Les registres de L’Isle-aux-Coudres, Baie-St-Paul et les Éboulements ne font mention d’aucun enfant illégitime prénommé Urbain/Urlin/Ursin ou Augustin selon l’âge de notre homme. Tentons de trouver un candidat selon la liste des illégitimes de la paroisse de La Malbaie. Malheureusement, il sera impossible de trancher car on ignore les destins de ces enfants.

Liste des illégitimes de La Malbaie, en bleu ceux dont le destin est connu.

Jean Malcolm, baptisé en janvier 1800, serait toutefois le plus probable. Louis Boulianne, le parrain, est un assistant de John Nairne. S’il s’agit du baptême d’Augustin, ce détail expliquerait-il le nom Murray? Si on se prête encore au jeu de faire la liste des parrains et marraines de ses enfants, plusieurs noms font référence à l’entourage du Seigneur de Murray Bay.
Cependant, des suppositions ne peuvent devenir des preuves.

Un léger détail
Un léger détail agace l’oeil averti. Augustin, et son épouse, Christine Truchon, donne naissance, en mars 1839, à des jumelles : Joséphine et Émma. Lors du baptême, les parents sont : «Ursin Gaudreau et Christine Truchon».
À l’inscription du décès de Joséphine, en novembre 1840, le prêtre nomme les parents «Augustin Murray et Christine Truchon». Ce qui nous aide à comprendre que c’est toujours le même homme.

Quatre ans plus tard, le 14 novembre 1844, lors de la sépulture de l’autre jumelle, Émma, le curé Racine commet une drôle de bévue, aux registres de La Malbaie. Il se trompe de couple pour les parents en désignant «Léon Muré et Adélaïde Truchon». L’erreur de l’abbé Racine n’est pas exceptionnelle, on rencontre, à l’occasion ce genre de méprise, particulièrement dans le cas de deux frères ayant épousé deux soeurs.
(On notera que le couple Léon et Adélaïde n’ont pas de fille nommée Émma. Augustin et Christine, porteront une fille au baptême, en 1846, qu’ils nommeront (encore!) Émma, confirmant la disparition de la première.)

Finalement…
On ignore sa date de décès que l’on peut situer entre 1868 et 1871. Augustin et sa famille quitteront Charlevoix, on les retrouvera au Saguenay, sur la Côte-Nord et à Matane. Tout comme Léon et son épouse, Adélaïde Truchon, dont on aura l’histoire, juste après. On ne peut présumer de rien, encore une fois mais le hasard a drôlement fait les choses. L’énigmatique nom de Godreau qu’on lui attribue, parfois, nous offre la possibilité de croire qu’il puisse être d’une autre lignée, du moins par l’un de ses parents. Et du coup, on pourrait faire le lien avec un autre illégitime, Michel, né quelques années plus tard, toujours à La Malbaie.

Descendants d’Augustin et Christine Truchon dans la région. Seul Ovide transmettra le patronyme Murray.


Dans les années 1950, des vendeurs itinérants offraient des encyclopédies et des généalogies de l’Institut Drouin… Quel était le résultat pour un «Murray» qui achetait ce genre de truc?
«D’origine étrangère». Savoureux!
Et ainsi se confortait l’idée des origines irlandaises des Murray…

Augustin/Urbain Murray selon l’Institut Drouin en 1957.


Léon Ignace Murray né vers 1803

L’histoire de Léon s’ajoute pour une meilleure compréhension de l’histoire, il n’a pas de descendant en Haute-Côte-Nord.

Les registres de La Malbaie brûlent, dans le presbytère de la paroisse, en octobre 1803. Les inscriptions ne recommencent qu’à l’automne et celles de l’année, perdues. On suppose que le baptême de Léon Ignace Murray s’y trouvait.

Lors de son mariage, le 20 février 1827, à La Malbaie, avec Adélaïde Truchon (soeur de Christine, épouse d’Augustin), le prêtre écrit : «[…] entre Léon Ignace, cultivateur de cette paroisse d’une part […] ». Rien d’autre, aucun patronyme? Sauf ce fameux «Ignace» qu’il n’utilisera jamais par la suite.  Aux baptêmes de ses deux premiers enfants, on le nomme Léon, tout simplement. À partir de 1832, lors du baptême de sa fille Zoé, il apparaît sous le nom Léon Murray. Nous aurons aussi droit à la variante Léon Muir. À l’instant où il disparait de Charlevoix, son nom se transforme en Murray, ou Muré.

Actes aux registres concernant Léon (non exhaustifs)

Relier Léon?
Qui sont les parents de Léon? Peut-on le lier, lui aussi, à Marie Gagné? Toujours en âge d’enfanter lors de sa naissance? La tentation est grande quand on repense au «Léon Ignace» de son mariage, qui ressemble étrangement à «Joseph-Marie Ignace Gagné» (lire ici).

L’envie de l’inclure dans la descendance d’Ignace et Victoire Labranche devient irrésistible à la lecture de l’acte de mariage de leur petit-fils, aussi prénommé Ignace, le 4 novembre 1824, lorsqu’on cite, comme témoin : «[…] leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence Jean Maureau (?) et de Grégoire Tremblay, de Joseph et Léon de cette paroisse […]» Cet Ignace serait alors leur «probable cousin»? Notons que cet Ignace est le fils de «Jean (à) Ignace». Nul besoin d’être illégitime pour se définir avec le prénom de son père; comme aujourd’hui dans nos villages.

Cousins?

Lors des tests d’ADN fait par les membres de l’Association des Murray d’Amérique, en 2010, un descendant de Léon s’est aussi soumis au test. On y remarque quelques similitudes avec les descendants de Pierre Murray et de François Imbeault (voir les articles les concernant).  Malheureusement, on ne peut vraiment relier Léon à ces deux derniers. Notons qu’il s’agissait d’un test sur les lignées paternelles. On ne peut exclure Marie Gagné de l’équation.

Les deux frères?
Léon et son épouse traverseront à Matane, vers 1850. Envolé l’espoir de trouver des dispenses dans les mariages de ses enfants afin de mettre à jour une parenté. Il y a toujours ce petit lien invisible, ou presque, entre Léon et Augustin. Seulement des beaux-frères? Ou deux frères mariés aux deux soeurs? Le cafouillage du curé Racine, pour la sépulture d’Émma, aux registres de La Malbaie demeure intriguant.

Finalement, dans le cas de Léon, aucune preuve concrète ne se présente. En étudiant les baptêmes de ses enfants, le parrain de Léocadie est Théodore Boulianne, fils d’Agathe Gagné. Les marraines de Pierre et Philomène sont Josephte et Philomène Murray. Étrangement, aucune Philomène Murray dans les registres, Josephte, née de parents inconnu, et baptisée, à La Malbaie, le 30 mars 1816 se trouve facilement.

Une cohorte d’illégitimes qui s’échangent des politesses lors des baptêmes des enfants? Un panier de crabes qui ne mène qu’à des suppositions sans piste viable.

Mais pourquoi l’avoir nommé Joseph Ignace à son mariage?

 

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6 comments on “Illégitimes en Charlevoix (6) :
Augustin & Léon

  1. Denise Murray

    Denise Murray fille de Antoine Murray et de Aline Potvin grand parent Francois Murray de St -Filicien son frere a Francois reste a St Simeonbeaucoup de cousin a moi dans Charlevoix

    Répondre
  2. Jean Moreau

    Vous m’épaterez toujours. J’ai tardé à commenter, voulant faire une recherche sur mon presque-homonyme, Jean Maureau, mais j’ai rapidement déchanté. Ç’a va me chicoter encore longtemps. Je présume que vous vous attendiez à ce genre de commentaire de ma part, à tort ou à raison. Si un jour vous m’éclairiez sur ce Maureau…wow! Bonne journée à vous.

    Répondre
    1. Fin Mot Post author

      J’ai pensé à vous en voyant le nom de Jean Maureau. Une lignée de Moreau s’épivardait en Charlevoix ces années là. Il s’agit des descendants de Jean Moreau, Soldat de la compagnie de Languedoc, arrivé au pays en juin 1755. Son fils Jean (Baptiste) épouse Marie-Louise Néron à Baie-St-Paul en 1797, il aura un fils nommé Joseph Jean Baptiste… est-ce le père ou le fils? Peut-être.

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      1. Jean Moreau

        Je viens, à l’instant, de lire votre réponse à mon commentaire. Je suis de plus en plus perplexe. Dois-je comprendre qu’il ne m’est pas apparenté, ou est-ce que je dois revoir mon arbre à partir des racines? J’suis perduuuu!

    2. Linda Gauthier

      Bonsoir. Pouvez vous me dire d’où vient votre Moreau. J’en ai de la Côte Nord et peut etre même du Saguenay.

      Répondre
      1. Fin Mot Post author

        Il est un descendant de Joseph Moreau et de sa 2e épouse Suzanne Tremblay (m.27/08/1838 La Malbaie)

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