Illégitimes en Charlevoix (1) :
Arbustes généalogiques

 

Plusieurs familles de la région possèdent un arbuste généalogique. Un arbre où la filiation s’arrête brusquement à un individu, pratiquement toujours un Charlevoisien, né entre 1760 et 1815. Soit pendant le «règne» des Seigneurs écossais de la Malbaie.

Les Écossais au paradis
À l’été 1759, les anglais assiègent Québec, le général Wolfe envoie des troupes saccager la rive sud du St-Laurent. Ils y brûlent des villages entiers, récoltes incluses. En août 1759, ils débarquent dans Charlevoix afin de faire main basse sur le bétail et s’ensuivent des escarmouches avec ceux qui n’ont pas eu le temps de se réfugier dans les bois.

Extrait d’un texte de Serge Gauthier, historien et ethnologue :
« […] Les Anglais pourchassent alors sans merci les miliciens canadiens jusqu’à La Malbaie. Les soldats anglais incendient toute la côte et ils brûlent plus d’une cinquantaine de fermes et de granges. […] Ils font trois prisonniers : Charles Desmeules qui meurt scalpé, un dénommé Tremblay pendu à la vergue d’un navire et Jean-Baptiste Grenon impossible à maîtriser et relâché par les Anglais à cause de sa force physique herculéenne. […] »

 

Maîtres de la colonie
Devenus maîtres de la colonie, ils inventorient «leurs biens». À l’automne 1761, deux soldats écossais, John Nairne (1733-1815) et Malcolm Fraser (1731-1802) inspectent les terres de l’ancienne seigneurie de La Malbaie et demandent au premier gouverneur civil de la province de Québec, James Murray (1721-1794), de leur octroyer ce paradis qui leur rappelle leur Écosse natale. Murray leur accorde le 27 avril 1762.
En hommage à leur bienfaiteur, Nairne et Fraser divisent le secteur en deux seigneuries, soit la rive Ouest de la rivière Malbaie (seigneurie Murray Bay appartenant à Nairne) et la rive Est (seigneurie de Mount-Murray sous la gouverne de Malcolm Fraser).

Pour en savoir plus sur Malcolm Fraser.

Anglophones et protestants, ils espèrent créer une colonie écossaise dans ce décor paradisiaque. Au lieu de ça, ils bouleverseront les us et coutumes des habitants de La Malbaie.

Le capitaine John Nairne à la Malbaie, au Québec. (Source : Archives Canada)

Charlevoix à l’époque de Nairne et Fraser
Les seigneurs de La Malbaie, de foi protestante, ne s’embarrassent pas des conventions de l’époque. Ils vivent en concubinage avec leur femme. Nairne avec une compatriote, Christiana Emery et Fraser avec Marie Allaire, puis avec Marguerite Ducros dit Laterreur. Ce qui les rend probablement très conciliants envers les écarts de conduite ou la situation «hors-norme» de leur entourage.

Nairne et Fraser ont plusieurs charlevoisiens à leur service dont François Imbeau dit Lagrange (~1737-1823), Augustin Guérin dit St-Hilaire (1757-1807), John Hewitt, Duncan McNicoll et plusieurs autres qui auront un impact dans la suite de l’histoire.

Et l’Église?
Toutefois, la région n’échappe pas à l’emprise du clergé; une naissance, hors des liens sacrés du mariage est illégitime, point. Peu importe les circonstances, l’enfant se verra dépourvu de nom pour sa vie durant ou presque. Cependant, comme on le verra dans plusieurs cas, les parents reconnaissaient leur progéniture. Des actes notariés attestent parfois la filiation ou certains curés, plus conciliants, se laissent attendrir et inscrivent certains liens. Dans le cas contraire, quelques-uns, devenus adultes, trouveront d’astucieux moyens afin de se rattacher à leur famille naturelle

Ces «illégitimes» ont toutefois adopté un patronyme. Le nom, choisi par ces gens n’est pas dû au hasard. S’agit-il de celui de leur mère? Du père? D’une famille adoptive? Un nom revient constamment : Murray. Les prêtres mentionnaient ainsi quelques «illégitimes», soit lors des baptêmes ou des mariages. Afin de plaire aux seigneurs de Murray Bay ou au Gouverneur? Allons savoir! Grand bien nous en fasse! Ce sont, encore, de précieux indices, de nos jours. À défaut d’établir une filiation, ce «Murray» nous aide à comprendre pourquoi nous n’y parvenons pas. Comme on le verra, si ce patronyme écossais leur a été imposé, quelques-uns l’utiliseront de leur plein gré.

Arbres en ligne
Et ce nom écossais, induira en erreur plusieurs descendants qui se croyaient de descendance gaélique… ou descendants du grand James Murray. Encore mieux, on a supposé longtemps – et encore – Michael Murray et Helen Smith à l’origine des Murray charlevoisiens. Tant qu’à étirer la sauce, pourquoi pas? Le nombre de bases en ligne qui donnent ce couple en référence impressionne. Quand on veut absolument ajouter des générations à un arbre…

Les illégitimes de la Malbaie en Haute-Côte-Nord
En parcourant les registres de La Malbaie entre les années 1784 et 1815, on y trouve ±29 baptêmes d’enfants considérés comme illégitimes. Sur ces vingt-neuf baptêmes, sept sont annotés avec la mention Sauvage ou Sauvagesse, ce qui nous enlève tous les doutes concernant ces enfants, il en reste toutefois vingt-deux dont six ont des liens avec nos gens.

Mario Lalancette a publié, il y a quelques années, une recherche très approfondie, sur ces illégitimes malbéens. Au fil de mes observations, j’en rencontrerai quelques autres, aussi dans Charlevoix, non documentés par les recherches, probablement parce que leurs descendants sont exclusivement sur la Haute-Côte-Nord? J’avouerai, dans un premier temps, avoir nié les faits. Toutefois, il y a des indices qui ne trompent pas. Pour certains, il est impossible de comprendre, pour d’autres, certaines études sont particulièrement éclairantes. La mise à jour de documents d’archives dévoile, totalement ou partiellement, la vérité et d’incompréhensibles dispenses, lors des mariages, nous éclairent.

Il ne faut pas oublier que les curés savaient, eux, les noms des parents. Pire? Ils ne se gênaient pas pour faire payer des dispenses lors des mariages! Le comble non? On les taxait de bâtards mais quand venait le temps de passer à la caisse, on leur reconnaissait des origines. Par contre, des générations plus tard, ces incongruités permettront aux généalogistes de faire la lumière sur certaines lignées.

Un tableau, non-exhaustif, des baptêmes des enfants considérés comme illégitimes. Notons l’absence des enfants Imbeault, leur histoire, particulière, méritera une chronique en deux volets.

En bleu, ceux dont on connait le destin.

Arbuste(s) généalogique(s)
L’arbuste généalogique des Murray ne reboisera pas la Haute-Côte-Nord à lui seul. Ou plutôt devrait-on dire à eux seuls; plusieurs souches différentes de ce patronyme peuplent la région. Les autres arbustes se nomment Gagné, Gagnon, Tremblay et, mon histoire favorite, celle des Imbeault. Nous explorerons donc ces histoires dans les prochaines chroniques. Ça ne sera pas toujours simple, mais on finira bien par avoir le fin mot de l’histoire…

Les publications concerneront : La famille Imbeault, Agathe Gagné, Pierre Murray et Joseph Marie Gagné, Augustin Murray et Léon Murray, Ignace Marier ou Murray, Michel Gagnon et finalement Martin Mandé dit Tremblay et peut-être d’autres, sait-on jamais!

 

 

Des histoires à suivre…


Cette recherche et l’écriture de ces textes ne se veulent point un jugement sur les gens et l’époque; mais une réponse ultime à toutes ces filiations qui s’arrêtent, brusquement, sans explication. Merci de ne pas porter de jugement ni envers les gens, ni envers les prêtres qui ne faisaient que se conformer aux ordres.


 

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